Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
CHARLIE HEBDO a publié ce mercredi 29 avril 2009 un article sur les Tamouls au Sri Lanka.
(Cf le communiqué des Verts publié sur notre blog :


« SRI LANKA
Tsunami de bombes pour les Tamouls
Ça fait des semaines que les Tamouls se font silencieusement trucider au Sri Lanka, et l’on commence tout juste à s’y intéresser.
Malgré des grèves de la faim et des manifestations quotidiennes de la communauté tamoule française.
Les guerres, pour qu’on s’y intéresse, il faut des conditions bien précises. Elles ne doivent pas être trop loin (ah !, les fameuses « deux heures d’avion de Paris »), elle doivent trouver une bonne place sur l’axe bien/mal (l’Afghanistan, c’est parfait pour ça), ou, au pire’, mériter deux pages d’un BHL dans Le Monde. Celle qui oppose les indépendantistes tamouls au gouvernement sri lankais ne répond à aucune de ces conditions. Alors, on s’en fout. Et royalement.
Bon, c’est vrai, la télé en a parlé la semaine dernière. Il faut dire qu’une poubelle avait brûlé à Paris. Ça, c’est de l’actu, coco, envoie vite une caméra ! Sauf que les Tamouls manifestent, discrètement, toutes les semaines depuis des années. Ils étaient encore plus de 10 000 samedi dernier à Paris. Sans oublier quatre grévistes de la faim qui entament leur troisième semaine. Et une occupation permanente, pour et nuit, place du Trocadéro… Mais sans lacrymos ni vitre brisée, ce ne sont pas des événements médiatiques. Ignoble.
Après la bombe intelligente, la bombe silencieuse
Le premier problème du Tamoul, c’est qu’on ne sait même d’où il vient. Allez, je vous donne la réponse’ : du Sri Lanka. Les belles plages, le tsunami, vous remettez ? Et bien, sachez que dans le Nord et l’Est du pays les Tamouls se battent depuis un quart de siècle pour leur indépendance, sou la bannière de l’organisation des Tigres tamouls. En ce moment, la population est juste en train de se faire couvrir de bombes par l’armée sri-lankaise, décidée à faire définitivement le ménage.
Combien de victimes ? L’ONU parle de 100 000 déplacés et de 6 500 tués depuis début janvier. Mais, en vérité, personne n’en sait rien.
Les Tamouls affirment que l’armée utilise des bombes au phosphore… Le gouvernement réponde que les Tigres empêchent les civils de quitter les zones de combat. Propagande et réalité sont indémêlables, pour la bonne raison que la guerre se déroule à huis clos. Et, s’il vous plaît, un huis clos d’une rare perfection. Même aux plus grandes heures de la Tchétchénie et du %Soudan, des journalistes « embedded » avec l’armée ou infiltrés clandestinement parvenaient à couvrir le conflit Au Sri Lankais, rien de tel. L’armée bloque hermétiquement toute voie d’accès, terrestre comme maritime aux zones de combat. Journalistiquement, c’est le zéro absolu.
Les ONG humanitaires aussi ont été virées, hormis le Comité international de la Croix-Rouge, seul à pouvoir témoigner du manque de discernement entre civils et combattants : « Les populations sont trop proches des zones de conflit […]. Chaque tir de roquette ou de mortier blesse ou tue des civils. » Quelles que soient les responsabilités des uns ou des autres, une chose est sûre : toutes les caractéristiques de la guerre sale sont réunies.
Tout un peuple terroriste
Pendant que la diaspora tamoule supplie la communauté internationale d’intervenir, les politiques, eux, sont gênés aux entournures. Et la raison est simple : le combat indépendantiste est mené par les Tigres tamouls (LTTE), répertoriés sur la liste des organisations terroristes. De leur côté, les Tamouls réclament leur retrait de cette liste, prétextant une légitime lutte armée pour l’indépendance. En somme, c’est le bordel. Il est vrai qu’en dépit de la proximité de l’Inde les Tigres n’ont pas pris Gandhi comme modèle. Leur dossier est même chargé : attentats suicides, assassinats, embrigadement des enfants… Mais est-ce une raison pour abandonner les civils ?
La semaine dernière, l’ONU, Hilary Clinton et Bernard Kouchner ont commencé à se rendre compte du problème. En Franc, ce sont les élus des régions à forte densité tamoule qui réagissent le plus. Tel Stéphane Gatignon, maire (PC) de Sevran, en banlieue nord de Paris : « Si on ne fait rien, le risque c’est que la frange la plus extrémiste passe à une action directe. » Ou Daniel Goldberg, député socialiste de la Seine Saint-Denis, qui demande « que la France se saisisse du dossier dans le cadre de l’Union européenne ».
Justement, à Bruxelles, c’est le mot « terrorisme » qui paralyse toute action. La députée européenne Verte Marie-Anne Isler Béguin en sait quelque chose, qui a réussi à vaincre ce qu’elle qualifie d’ « omerta », en convaincant le Parlement européen d’adopter une résolution appelant au cessez-le-feu : « Mais ça na pas été facile, et c’est déjà une victoire de sortir du tabou. »
Le problème des Tamouls, c’est qu’ils ne sont pas rangés comme dans les dessins animés pour enfants, vous savez, les bons d’un côté, les méchants de l’autre ». Du coup, c’est trop compliqué pour le peu de disponibilité laissée par Coca-Cola à nos cerveaux. Aujourd’hui, les civils crèvent de cette vision manichéenne du monde.
ANTONIO FISCHETTI - Charlie Hebdo 29 avril 2009»