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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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Grève générale et Rêve générale


 « Le Premier Mai a toujours eu sa part de "rêve général". Il était concentré sur l’aspiration à la réduction du temps de travail, à la journée de 8 heures. Le Premier Mai trouve son origine à Chicago, en 1886, où la répression et l’exécution des manifestants anarchistes fût commémorée chaque année jusqu’à nos jours. La fête des travailleurs n’était pas la fête du travail mais celle du partage du travail et de la redistribution des richesses : à partir de ce jour, nul ouvrier ne doit travailler plus de huit heures par jour : huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures d’éducation ! Les ouvriers de l’époque travaillaient entre 12 et 16 heures par jour. Donc, dès le début du mouvement ouvrier, la grève est non seulement un moyen de défense des intérêts d’une corporation, mais une Utopie qui prépare la transformation généralisée de la société. En ces temps de mutation industrielle et sociale, le présent était gros de l’avenir. Il fallait changer d’ère. »

Voilà ce qu’écrit Noël Mamère dans son éditorial du 4 mai 2009 parmi d’autres choses.

 « "Rêve Générale"

Le 1er mai 2009 a démontré que la résistance à la casse sociale était très forte dans le pays. Pour la première fois depuis des lustres, l’ensemble des syndicats, de la CGC à Solidaires, coude à coude, manifestait son unité face à la crise. Hormis le Premier mai 2002 contre Le Pen, il n’y avait jamais eu autant de monde ce jour là. Un sondage de l’institut CSA révèle que 72 % des Français approuvent ces manifestations qui ont eu lieu dans 280 villes et ont réuni 1,2 million de manifestants.



Sur les dos des manifestants, figurait en bonne place un sticker au titre évocateur : "Rêve générale". J’ai envie de m’y arrêter, parce que ces deux termes aux apparences d’oxymore sont bien dans l’air du temps. Le rêve, ce n’est pas seulement la référence à l’idée de grève générale mais, d’abord, l’aspiration un peu utopique à un autre monde, un monde où l’on romprait avec l’esprit délétère ambiant, l’individualisme, le "travailler plus pour gagner plus", la folie de la vitesse, la croissance pour la croissance, le gaspillage et la surconsommation pour les uns, la misère et le surendettement pour les autres, quand ils ne sont pas dans la précarisation totale, réduits à la "sdf-isation".

Le rêve n’est plus présent dans la gauche, parce qu’il a disparu il y a bien longtemps, pris entre le stalinisme et la gestion raisonnée du capitalisme. Nous ne croyons plus aux lendemains qui chantent ; certains s’en félicitent, mais l’Histoire n’a jamais été construite sans utopie, sans rêve... Si le seul rêve, ici - bas, est de survivre, la dynamique ne sera pas au rendez vous. Le changement social, la transformation, ont besoin d’une dose d’utopie, donc de rêve. Le rêve est réaliste, car il transforme la force de l’idée en mouvement en marche. C’est le rêve de la liberté qui a inspiré Georges Washington, c’est le rêve de la fraternité qui a entraîné les Sans - Culottes à prendre la Bastille, c’est le rêve d’égalité qui a mené les Communards à l’assaut du ciel, en 1871.

Qu’elles soient non violentes, à l’instar de Gandhi, ou radicales, les révolutions sont d’abord le fruit d’idées qui bouleversent les visions de leurs contemporains, en leur montrant qu’un autre monde est possible. Rien ne se réalise sans la foi du charbonnier. Quand plus personne ne croit au changement, c’est l’ordre immuable des choses qui gagne à tous les coups. Le rêve, c’est l’équivalent de l’Utopie chère à Thomas More. "Générale", c’est la volonté tenace de rester ensemble. Depuis les débuts de la résistance à la globalisation, en 1995, le "tous ensemble" est devenu le cri de ralliement de tous ceux qui ne veulent pas d’un avenir où chacun est confiné dans son espace vital, isolé, seul face aux maîtres de l’État et du monde. Générale, car il ne peut y avoir de mouvement massif sans que celui-ci ne se généralise à tout le territoire, à toutes les couches de la société, à toutes les générations. Générale parce que l’on sort d’une lutte uniquement défensive, revendicative, de l’ordre de la question syndicale, pour embrasser toutes les questions posées par la transformation de la société : la mise en cause des modes de production, de consommation, de déplacement, de vivre. C’est à l’aune de cette généralisation que l’on reconnaît le signal du changement social.

Aujourd’hui, la crise nous oblige à remettre sur le tapis tout ce que l’on croyait acquis. Elle nous rappelle les origines mêmes de la grève générale. L’un des premiers à exprimer cette idée fut un bottier anglais, devenu libraire, William Benbow. En 1831, il proposa aux travailleurs l’organisation d’un « Great National Holiday » (Grand Congé National), d’une durée d’un mois au terme duquel une réorganisation de la société pourrait être envisagée. Tout au long du XXème siècle, le mouvement ouvrier international discuta de cette utopie et la traduisit par l’idée de grève générale, qui n’était donc pas seulement un mouvement défensif ou violent, mais la recherche d’une Cité idéale. Avec cette filiation, la Grève générale ne se raccrochait pas aux courants marxistes mais aux mouvements libertaires, représentés dans la Première Internationale, dans les Bourses du Travail et les syndicats.

Le Premier Mai a toujours eu sa part de "rêve général". Il était concentré sur l’aspiration à la réduction du temps de travail, à la journée de 8 heures. Le Premier Mai trouve son origine à Chicago, en 1886, où la répression et l’exécution des manifestants anarchistes fût commémorée chaque année jusqu’à nos jours. La fête des travailleurs n’était pas la fête du travail mais celle du partage du travail et de la redistribution des richesses : à partir de ce jour, nul ouvrier ne doit travailler plus de huit heures par jour : huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures d’éducation ! Les ouvriers de l’époque travaillaient entre 12 et 16 heures par jour. Donc, dès le début du mouvement ouvrier, la grève est non seulement un moyen de défense des intérêts d’une corporation, mais une Utopie qui prépare la transformation généralisée de la société. En ces temps de mutation industrielle et sociale, le présent était gros de l’avenir. Il fallait changer d’ère. Ne sommes-nous pas aujourd’hui dans une situation similaire ? Lancée depuis les années Reagan, la révolution conservatrice a fait souffler sur le monde un vent mauvais qui a emporté le modèle de "l’État providence" et du vieux keynésianisme. La mondialisation a débouché sur la désindustrialisation du Nord et la mise au travail de centaines de millions de paysans chinois, indiens, coréens... La globalisation a simplement étendu à la planète la vieille question de la redistribution du temps.

Lorsque les écologistes ont commencé à faire germer leurs idées, à la faveur de la crise du pétrole des années soixante- dix, l’un deux, Pierre Fournier, journaliste à la "Gueule Ouverte", lança l’idée de l’An 01. Cette utopie-là ressemblait furieusement à ce "Rêve Générale" du siècle passé. Aujourd’hui, l’An 01 n’est plus une idée portée par quelques farfelus mais un mouvement de transformation écologique de la société, une conversion de l’économie à l’écologie, une décroissance non subie mais choisie, pour sauver la planète et l’humanité. Rêve Générale n’est pas un mot d’ordre utopique mais l’expression des citoyens qui s’organisent, ici et maintenant, pour préserver les biens communs qui, ici, créent des AMAP, ces circuits courts entre agriculteurs et consommateurs, ou ces producteurs bio qui changent notre rapport à l’alimentation. Là, s’organisent des groupes RESF, ces parents qui parrainent et protègent les sans papiers. Ailleurs, des expériences d’éco-constructions modifient notre rapport à l’habitat. Les lanceurs d’alertes qui, des OGM aux portables, sont des vigies du nouveau monde, les entrepreneurs solidaires qui créent des emplois verts, les éducateurs sociaux, hussards de ce nouveau rêve. Des dizaines de milliers d’utopistes sont en train de créer sous nos yeux des embryons de Cité Idéale. Ils ne s’opposent pas, loin s’en faut, à ceux qui se battent durement pour défendre leur emplois ou pour boucler leurs fins de mois. La Rêve Générale aura lieu quand les uns et les autres décideront de transformer en lame de fond politique leur exigence de transformation. Nous n’en sommes peut-être pas si éloignés.

Noël Mamère, le 4 mai 2009.


P.S. 1
 : Tout est à vendre à la découpe, même notre corps. On apprend ainsi que des chômeurs espagnols vendent leurs reins sur des sites internet. On vend aussi de la moelle osseuse ou des poumons sur des portails Internet. Jusqu’à maintenant, ce trafic avait lieu dans les pays de l’est ou dans des régions du monde encore plus pauvres, voire avec la complicité de certains États, dont la Chine. Voilà que l’Europe occidentale, attaquée de plein fouet par la crise, devient un espace de marchandisation des organes vitaux. Bienvenue en enfer !


P.S. 2
 : M. Besson m’a pris la semaine passée comme une cible pour détourner l’attention de la lutte contre le délit de solidarité. A l’assemblée nationale et dans Libération, ce monsieur a inventé un onzième anniversaire de mon amendement sur le "délit d’humanité" que j’aurais déposé lors du débat sur la Loi Chevènement sur l’Immigration. Je revendique le droit de lutter, quel que soit le gouvernement, pour défendre la simple dignité des femmes et des hommes. Le délit de solidarité justifie la condamnation de ceux qui soutiennent les parias de notre société, les sans papiers. L’interdire est une mesure de salubrité publique, quoi qu’en dise le piètre Monsieur Besson.»

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