Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Nous publions ci-dessous l’éditorial du 22 décembre du blog de Noël Mamère :
« La Télé publique et la Cour du Roi
Cette année, la dinde aux marrons, les huîtres et le foie gras seront encore au rendez-vous, mais pour la télévision de service public, ce sera vache maigre. Jeudi, après quatre semaine de lutte parlementaire, la messagère du Roi, chargée des affaires culturelles et ses préposés, les ci-devant députés, ont décrété la mort programmée du service public de la télévision. Plus de 80 h de débats, 856 amendements, des dizaines de rappels aux règlements et de suspensions de séances, pour en arriver à ce résultat pitoyable pour Sarkozy et son gouvernement : l’autodestruction de l’audiovisuel public. C’est, en effet, Patrick de Carolis et le Conseil d’administration de France Télévisions qui ont été convoqués pour se faire hara-kiri sur la place publique en annonçant eux-mêmes la fin de la publicité.

Pourtant, la loi n’est pas encore votée. Puisqu’elle doit être discutée au Sénat à partir du 7 janvier 2009, mais elle est déjà appliquée par anticipation. Cette double humiliation : celle du Parlement et de France Télévisions, de son président et de son personnel, en dit plus long que tout discours sur le régime ultra personnel dans lequel nous vivons depuis mai 2007. Je ne suis pas le seul à le dire. Ce sont maintenant des élus de la majorité qui le font savoir publiquement. Sarkozy et sa cour décident de tout, comme bon leur semble. La monarchie médiatique est le régime dans lequel ces gens veulent faire vivre la France. Cette monarchie médiatique a un roi, Nicolas Sarkozy, il a même un dauphin, le Prince Jean et un enfant-roi au prénom prédestiné, Louis. Sa reine, Carla, rappelle à maints égards Marie-Antoinette, elle a un charme certain mais une vie hors-sol, dans la jet-set mondialisée. Il y a aussi de petits mitrons, Henri Guaino, Thierry Saussez ou Claude Guéant, un grand Chambellan, François Fillon, qui s’use à force de ne pas servir, quelques chevaliers servants comme Brice Hortefeux ou Xavier Bertrand. Des laquais, tels Jean-Marie Bocquel, Eric Besson ou Bernard Kouchner. Il a même maintenant deux faire-valoir déchus, avec Rama Yade et Rachida Dati. On y trouve aussi des histrions et des fous du roi, comme Alain Minc, Jean-Marie Bigard ou Claude Allègre. Mais les Saigneurs de guerre sont les plus en cours. Bouygues, Bolloré, Lagardère et consorts... la camarilla de l’audiovisuel pille les ressources du royaume et se paie sur la bête. Il faut dire qu’ils arment le royaume, construisent ses palais et font sa promotion de par le vaste monde. Il faut donc bien rémunérer les services de ces seigneurs dispendieux.
France 2, qui a bien compris que l’on changeait d’époque, a reprogrammé « Les Rois Maudits » la semaine dernière et diffusera Oscar.... avec le dernier des courtisans, Bernard Tapie, le 25 décembre, soir de Noël ! Le Point fait sa « Une » sur l’histoire des rois de France. Ce magazine qui a lui- même donné à la Cour, une de ses rédactrices en chef, Catherine Pégard, a bien raison de nous rafraîchir la mémoire sur les mœurs des capétiens. Il faudra aussi qu’il revienne sur la Restauration, car le côté néo-conservateur du sarkozysme est bien adapté à l’époque. Le roi qui prétend nous gouverner à remis au goût du jour la lettre de cachet et le crime de lèse- majesté, sous le nom « d’outrage ». Il voit des complots partout, transforme des jeunes vivant dans les marges en fondés de pouvoir du terrorisme international et remet en pratique les bagnes, sous le nom de camps de rétention, dans les colonies comme Mayotte ou dans les banlieues éloignées de ses châteaux. Une de ses douairières, la représentante patentée du Vatican, Christine Boutin a recours au vieux système de la relégation sociale pour régler le problème des SDF. Le roi Nicolas, comme jadis, confond l’espace privé et l’espace public. Le pluralisme vit selon son bon vouloir, dans les cancans de la Cour et dans les débats autorisés par ses sondeurs. Le Roi est devenu sourd aux rumeurs qui bruissent dans le royaume contre sa politique. Il n’entend plus que les échos de ses propres discours qu’il prononce à toute heure du jour, infligeant sur toutes les chaînes, privées ou publiques, la langue de bois en vigueur à la Cour.
Mais si la France aime les rois, du moins au début de leur règne, elle est aussi friande de frondes, de jacqueries, de révoltes, quand ce n’est pas de régicide ou de révolution. Le souverain qui se croyait la veille à Bruxelles, le suzerain de l’Europe et bientôt le roi du monde, a dû reculer deux fois en moins d’une semaine. La première fois, il a cédé sous les coups de boutoir des lycéens et des enseignants. Son chevalier, le seigneur déchu de Dordogne, Xavier Darcos, est tombé de son destrier et a du reporter sa réforme, poursuivi par les cris des jeunes pousses, qui en exigeaient le retrait sans conditions. Mais le deuxième camouflet est venu d’un prétendant au trône, le sieur Copé qui, par peur de voir sa majorité devenue minoritaire à l’Assemblée, a repoussé d’autorité l’examen de la loi sur le travail du dimanche. Il est vrai qu’aucun roi de France n’aurait osé toucher au Jour du Seigneur. Se mettre les travailleurs à dos, passe encore, mais les curés ! Quelle hérésie pour la fille aînée de l’Eglise, dirigée par un monarque qui a reçu avec tous les honneurs dus à son rang, le Pape Benoît XVI, il y a à peine trois mois ! Mais tout cela n’est pas grave, le couple Sarkozy ira réveillonner au Brésil. Ses courtisans pourront souffler pendant la trêve des confiseurs. Versailles n’est certes pas l’Elysée, mais il faut quand même prendre garde, Sire, on a déjà vu des États Généraux réunissant le Tiers-Etat, les fidèles de la monarchie et les représentants de l’Eglise, se liguer contre le souverain de droit divin qui avait gaspillé les finances du royaume. Cet hiver-là connaissait justement une crise alimentaire qui affamait pas mal les paysans. Un peu comme aujourd’hui où l’on nous annonce des centaines de milliers d’emplois en moins et où on demande aux manants, sur tous les tons, de se serrer un peu plus la ceinture. Qui a dit « ce n’est pas une révolte, Sire, c’est une révolution » ?
Noël Mamère, le 22 décembre 2008
P.S. 1 : L’année 2008 se termine dans un scandale financier sans précédent. On avait aimé Kerviel, on adore déjà Madoff. Celui ci n’est pas un escroc à la petite semaine. Il représente le coeur même du système financier international. Le scandale Madoff résume à lui seul la crise du système capitaliste. Les 50 milliards qu’il a dilapidés n’ont pas été volés à des petits actionnaires mais à de grandes banques et de grands investisseurs qui avaient fait confiance à l’ex-président du Nasdac, parce qu’ils étaient convaincus de pouvoir multiplier leurs marges bénéficiaires sur du vent. Madoff leur promettait la lune. Ils y croyaient, puisque les mêmes, avec les stock options, les paradis fiscaux, les subprimes, (etc....) nageaient déjà dans la bulle spéculative permanente.
P.S. 2 : Le rassemblement des écologistes a désigné ses têtes de listes. L’équipage a fière allure. Pour une fois, les Verts ne se déchirent pas, fédèrent largement, sont en avance d’une coudée sur leurs concurrents en bisbilles. Cela annonce un grand cru pour les européennes de 2009. Bonne année ! »