Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Francine Comte, militante Verte, féministe, écrivaine (sous le pseudonyme littéraire de Francine Segeste) est décédée le 7 novembre.
Nous la connaissions depuis 20 ans.
Nous publions ci-dessous l’hommage de la commission Féminisme des Verts lu par Arlette Zilberg et le très beau texte de Dominique Voynet.
Hélène Zanier et Pierre Mathon
Nous sommes réuni-es pour rendre un hommage à Francine
par Michèle Loup, Arlette Zilberg| 12 novembre 2008
| Avec Michèle Loup, et comme responsable de la Commission Féminisme, je tiens à témoigner de l’engagement de Francine dans la lutte pour les droits des femmes. |
Je ne sais pas à partir de quand Francine est arrivée dans la commission qui s’appelait auparavant « Commission Femmes » et depuis quelques années « Commission Féminisme », mais elle y a tenu une place importante, constructive, faite d’apports théoriques bien sûr, mais aussi par son tempérament, sa sagesse, elle a aussi souvent contribué à apaiser des débats vifs en sein de la commission.
Notre Commission doit beaucoup aussi à des militantes qui ont jeté peut-être les bases de ce que l’on a appelé ensuite « l’Ecoféminisme ». Je veux parler de Renée Conan et de Solange Fernex.
Francine a participé à son tour à l’imprégnation par les idées féministes du parti des Verts.
Cela était dans la continuité de ses engagements de lutte pour l’émancipation des femmes, pour leur autonomie, pour une réelle égalité non seulement de droit mais de fait. Elle a participé avec d’autres à infléchir les règles dans notre parti, pour une meilleure application de la parité : parité dans les désignations internes et externes, mais aussi sur des points concrets et essentiels comme le partage du temps de parole dans les assemblées, parité dans les tribunes, etc.
Francine, c’était cette volonté de toujours lier les grandes théories à la lutte concrète pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes et à l’application concrète.
C’est cette volonté là qui l’a conduite à son engagement au quotidien dans le CNDF– le Collectif National pour les Droits des Femmes.
Pendant de longues années, elle a œuvré, aux côtés de Maya Surduts et de Suzy Rojtmann à rassembler les associations, partis et organisations syndicales dans la lutte contre le patriarcat, le libéralisme et l’ordre moral qu’avec l’appui des religions ils veulent imposer.
Francine était convaincue que l’émancipation des femmes entraînait l’émancipation des hommes également et que les luttes des femmes pouvaient entraîner des hommes féministes, luttant ensemble pour la transformation des rapports interpersonnels entre les femmes et les hommes bien sûr, mais aussi pour une transformation en profondeur des rapports sociaux pour l’ensemble de la société.
Francine était aussi, pour le CNDF, celle qui faisait le lien, qui nous diffusait toutes les infos, qui par sa gentillesse, son calme, son respect des autres, apportait de la modération dans des débats parois houleux.
Durant ces dernières années, elle a fait preuve d’un immense courage… tout en luttant contre cette longue et douloureuse maladie, elle nous diffusait encore il y a quelques mois les infos du CNDF, fil ténu nous reliant à elle.
Alain, Véronique, Jean-Pascal, Henri, David, au nom de la Commission féminisme, je tiens à vous faire part à de notre profonde amitié. Francine est et restera vivante auprès de nous tous et toutes. Nous garderons en mémoire, son beau sourire.

Hommage à Francine
par Dominique Voynet| 12 novembre 2008
| Alain m’a demandé de dire quelques mots pour rendre compte de l’engagement et du parcours militant de Francine chez les Verts, et je m’en sens incapable. |
Pas seulement parce que je n’ai pas la mémoire des dates, et que je ne sais pas dire précisément à quel moment Francine est entrée dans nos vies, en 1988 peut-être, en 1989 certainement. J’aurais peut-être trouvé l’info dans le numéro spécial du Monde de la Bibleédité pour ses 60 ans, j’ai hésité au moment de fouiller dans les cartons.
Parce qu’au fond, je pense que ça ne serait pas lui rendre pas justice que de faire la liste des AG et du rôle qu’elle y joua, dans des débats qui touchaient aux valeurs de l’écologie politique, et à l’éthique de l’engagement. Tout le monde ici connaît le rôle que joua Francine chez les Verts, infatigable vigie des droits des femmes, militante de la parité, à un moment où dans tous les partis ou presque, les femmes faisaient le café pendant que les hommes cumulaient les mandats. À cet instant, je veux penser à une autre militante féministe, une autre belle femme, Solange Fernex, qui nous a quittés récemment, elle aussi. Je songe aussi à la solidité des arguments qu’elle a mobilisés pour conduire le débat, difficile entre tous, qui agita les Verts au moment de la loi sur les signes religieux, à la ferveur avec laquelle elle a plaidé pour qu’on n’épouse pas hâtivement, comme une manifestation paradoxale de la liberté des femmes à disposer d’elles même, la thèse selon laquelle la prostitution ne serait au fond qu’un métier comme un autre.
Ce ne serait pas rendre justice à Francine de ne parler que de ça.
Parce que c’est un aspect de sa personnalité longtemps occulté, et d’abord par elle-même, parce que nous nous sentons tous un peu coupables d’avoir parfois oublié qu’elle était aussi une belle intellectuelle et une débatteuse tenace, nous avons la tentation de rectifier cette injustice.
Et pourtant…
Quand je pense à Francine, c’est le mot « l’épreuve » qui me vient. Francine ne parlait, n’écrivait que de ce qu’elle avait éprouvé, au-delà des concepts, des connaissances, des analyses. Et c’est parce qu’elle a éprouvé, et prouvé, qu’elle nous touche si fort, quand elle dit la difficulté et le bonheur de mettre au monde un enfant, de vivre un amour, de se confronter aux rôles écrits pour nous depuis trop longtemps, quand elle dit le bonheur et les douleurs de la vie, l’ambivalence du don, le renoncement à la colère mais pas à la révolte.
Ce que je veux retenir de Francine, c’est l’empathie avec laquelle elle regardait le monde, un peu en retrait, pas par timidité, pour observer, pour ne rien perdre. Avec un mélange d’intense lucidité, qui a du aussi et plus souvent qu’à son tour la faire souffrir, et d’immense générosité. Pas de complaisance, pas d’apitoiement, mais toujours le souci de ne pas rompre les liens, de regarder la personne derrière la laideur d’une posture ou la lâcheté d’une prise de position.
Ce que je veux retenir de Francine, c’est sa capacité à se mettre à la hauteur des gens, des enfants, de ceux qui travaillent de leurs mains, de ceux qui n’ont pas les mots.
C’est le soin apporté aux « choses de la vie » : préparer un repas, allumer une bougie, accueillir un ami dans la maison de Villejuif encombrée de livres. Et plus encore quand tout se délite, quand le sol semble se dérober sous les pas.
C’est sa capacité à regarder le monde, les autres à hauteur d’homme, de femme plutôt, jamais en surplomb, jamais humiliante.
C’est son sourire, c’est la vitalité de ses yeux, c’est son humanité, qui nous a rendus plus vivants et plus forts.