Deux ans exactement après la catastrophe qui a fait 270.000 victimes le 26 décembre 2004 en Asie du Sud et après l’exceptionnel et sans précédent élan de solidarité et de générosité qui a suivi, la Cour des Comptes critique vertement la gestion des dons.
« Excusez-nous » d’avoir eu raison
Le 20 janvier 2005, soit presque un mois après le drame, le maire nous a proposé de voter une subvention à trois associations de 3000 euros à chacune : le secours populaire, le secours catholique, la croix rouge.
Soit 9000 euros.
Lors de ce conseil municipal, Hélène ZANIER a confirmé qu’il « était tout à fait normal que notre ville ne reste pas à l’écart de l’élan de solidarité suscité par cette catastrophe ».
Son intervention faisait suite à la proposition de Jean-Yves BOIFFIER de « charger la commission de la coopération décentralisée de proposer, après étude des besoins des populations sur place, la destination de cette aide aux victimes ».
Hélène ZANIER a relayé sa demande car déjà « Médecins Sans Frontières » avait lancé un appel à l’arrêt des dons au motif que l’argent collecté ne pourrait pas être utilisé.
Ce drame ayant été exceptionnellement médiatisé, nous avions déjà les éléments de réflexion et d’éclairage en notre possession.
Elle mettait en garde : « il est en effet parfaitement possible que ces sommes, versées de manière globale à des organisations par ailleurs respectables mais n’ayant aucun programme sur place, seront finalement reversées à d’autres organisations bénéficiant, elles, d’une implantation locale – organisations que nous n’aurons pas été en mesure de choisir nous-même. Dès lors, il nous sera impossible de contrôler l’usage qui sera fait de notre aide ».
Elle redoutait : « on peut imaginer que notre argent servira finalement, par exemple à la reconstruction des infrastructures hôtelières utilisées pour le tourisme de masse… » alors que nous pensons qu’il « est préférable qu’il soit dédié à soutenir ces populations sur la voie de l’autosuffisance ».
Elle proposait également de « contribuer à la reconstitution des outils de travail des agriculteurs et des pêcheurs ».
Or, que dénonce le rapport de la Cour des Comptes ?
« Les hôtels de luxe chassent les pêcheurs ». Les magistrats redoutent que certains villages de pécheurs ne soient pas reconstruits pour laisser place à des hôtels de luxe, comme en Thaïlande. « les logements de la communauté des 60.000 immigrés birmans légaux et des dizaines de milliers d’immigrés illégaux (les plus pauvres) , qui travaillent dans les plantations d’hévéa, les pêcheries (…) et qui vivaient dans des habitations précaires au bord de la mer, n’étaient pas recensés dans les statistiques officielles ». Or seules ces listes, permettent de démarrer les constructions.
Hélène ZANIER avait tout au long de son intervention souligné l’extrême complexité de cette région et expliqué que l’organisation des secours ne se résumait pas (comme le maire le laissait entendre) à acheminer aux victimes de la nourriture, de l’eau, des vaccins ou des médicaments.
En matière de secours et d’aide, ce qui est primordial, c’est le sérieux et la rigueur, car ils sont gages d’efficacité.
Dans ce domaine, l’amateurisme et les effets oratoires ne sont pas de mise.
Le Maire avait évoqué le besoin de l’Indonésie de 800 sages-femmes alors que tout le monde sait, comme lui a rappelé Yasmina SELLOU, qu’aucune sage-femme n’est disponible en France !
La pertinence du choix des ONG proposées par le Maire, les réticences d’Hélène ZANIER et sa demande de réflexion ont été « balayées » d’un revers de main par celui-ci.
Que dit le rapport de la Cour des Comptes ?
« Seules trois associations (Médecins Sans Frontières, Handicap International et l’UNICEF) ont explicitement demandé à leur donateurs d’arrêter l’envoi de leurs dons.
Les trois associations choisies par le maire (Secours Populaire, Secours Catholique et Croix Rouge) font partie des 17 (sur 32) qui sont critiquées pour leur gestion. La Croix Rouge et le Secours Catholique, qui ont recueilli à eux seuls prés de la moitié des dons, sont particulièrement épinglées !
Soyons clairs : loin de nous, l’idée de ne pas être au rendez-vous de la solidarité quand un drame s’abat sur une région du monde. Bien au contraire, nous devons être généreux.
Mais notre générosité doit obéir à une double exigence :
premièrement : efficacité et éthique pour les populations secourues et deuxièmement : transparence vis-à-vis des contribuables à qui nous devons rendre des comptes !
Concrètement, aider convenablement et dignement des victimes dans la détresse et le malheur, c’est aussi prendre le temps de la réflexion –comme le suggéraient J-Yves Boiffier et Hélène Zanier afin … d’aider vraiment.
Cela était particulièrement évident que près d’un mois après, le temps de l’urgence était passé et que les ONG spécialistes de l’urgence étaient déjà « saturées » de dons !
C’est certes moins médiatique et moins spectaculaire, mais beaucoup plus efficace et plus respectueux des victimes et des Bagnoletais.