Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Sous la plaque posée en octobre dernier en la mémoire de Chaolin Zhang, un grand portrait a été placé au milieu des fleurs et des bougies. Un an jour pour jour après l'agression mortellr dont a été victime à Aubervilliers le couturier chinois, père de famille de 49 ans, un rassemblement silencieux était organisé ce lundi après-midi sur les lieux du drame, rue des Ecoles.
La sœur et l’épouse de Chaolin Zhang sont venues se recueillir, comme quelques dizaines de personnes. Et se souvenir. Grièvement blessé le 7 août 2016 par trois jeunes repartis avec son sac à dos (NDLR : les auteurs présumés, qui ont avoué leur crime, seront bientôt jugés), Chaolin Zhang était décédé à l’hôpital cinq jours plus tard des suites d’une hémorragie cérébrale. La communauté chinoise avait manifesté à Paris, appelant les pouvoirs publics « à prendre conscience de la montée d'un racisme anti-asiatique », rappelle le comité Sécurité pour tous, créé juste après le drame et à l’initiative du rassemblement de ce lundi.
Un an plus tard, le quotidien a-t-il changé pour les membres de la communauté chinoise ? Des habitants de Seine-Saint-Denis témoignent.
John Chen, 27 ans, Aubervilliers : « On sent beaucoup de racisme contre nous, y compris envers les enfants : à l’école, on les appelle les « Chinetoques ». J’habite rue des cités et dans mon quartier, on interpelle les femmes en disant « Chinoise, Chinoise ! ». Elles ont peur. Autour de moi, j’entends régulièrement parler d’agression : cela m’est arrivé, c’est arrivé à mon père, à ma mère… Plusieurs fois, elle s’est fait arracher le sachet de nourriture qu’elle prend avec elle le matin pour aller au boulot. Par des gens à scooter : vous imaginez ? Le jour, la nuit, on n’est jamais tranquilles. Quand on sort, si on ose le faire, on essaie de le faire en petit groupe. La plupart de mes voisins ont quitté Aubervilliers ces derniers mois, pour déménager en France ou même rentrer en Chine. J’ai aussi l’intention de revendre mon appartement. Ça ne peut plus continuer, nous voulons pouvoir vivre librement. Il faut encore plus de moyens policiers, des caméras. Et arrêter de croire que les Chinois transportent sur eux des petites fortunes en liquide : on vit à la française, ici, avec des cartes bleues. Ces préjugés m’agacent. »
Jian, 40 ans, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) : « J’habitais dans ce quartier mais j’ai déménagé récemment. Je vivais dans la peur et la méfiance. C’était l’angoisse, d’autant que j’ai deux enfants en bas âge. Dans la rue, je devais constamment regarder autour de moi pour voir si quelqu’un me suivait ou m’attendait. Je touche du bois, je n’ai jamais été agressé physiquement. Mais les insultes, oui, souvent. Depuis l’agression de M. Zhang, la situation a peu changé. La France a beaucoup de problèmes et nous, les Chinois, on est une communauté plutôt discrète, trop discrète… On veut juste pouvoir travailler et gagner notre vie tranquillement. Je me suis engagé dans une association pour aider les victimes d’agressions : on les aide à aller à l’hôpital, à porter plainte. Les Chinois ne le font pas assez. Parce qu’ils maîtrisent mal le français, et parce qu’il faut attendre de longues heures au commissariat, pour qu’à la fin, souvent, ça ne donne rien. »
Rui Wang, 30 ans, Pantin : « Récemment, je me suis retrouvé à traverser tard le soir un quartier de Pantin, où j’habite, et je n’osais même pas sortir mon téléphone. Les Asiatiques représentent une proie facile. Alors je ne prends pas de sac, et je recommande à mes proches d’éviter d’en porter aussi. Bien surveiller ses affaires, se promener à plusieurs : il faut être vigilant tous les jours, c’est grave d’en arriver là ! Mais je refuse de partir et de quitter Pantin car c’est une ville que j’aime. C’est là où j’ai grandi. Dans mon quartier, on est relativement épargnés mais dans d’autres, comme aux Quatre-Chemins, c’est insupportable. »»
Et, toujours dans leparisien.fr, la veille, le 6 juillet :
« Aubervilliers : un rassemblement un an après la mort du couturier chinois
Il est devenu le symbole des agressions subies presque au quotidien par la communauté asiatique de Seine-Saint-Denis. Il y a un an, jour pour jour, Chaolin Zhang était violemment agressé par trois jeunes (lire encadré) au niveau du 59, rue des Ecoles aux Quatre-Chemins, un quartier d’Aubervilliers abritant de nombreux grossistes chinois. Tombé par terre suite à un coup au sternum, ce couturier de 49 ans, père de deux enfants, était décédé d’une hémorragie cérébrale cinq jours plus tard dans un hôpital parisien. Un de ses amis, qui rentrait du travail avec lui avait également été blessé, écopant de 5 jours d’interruption totale de travail. Leurs agresseurs leur avaient dérobé leurs sacs à dos.
Pour lui rendre hommage, le comité Sécurité pour tous, créé juste après le drame, organise un rassemblement sur les lieux de l’agression, ce lundi après-midi entre 16 heures et 19 heures. Une occasion de montrer qu’il continue son combat. « Car un an après, de nombreuses promesses n’ont pas été tenues », regrette Tamara Lui, une des membres du comité, qui a mis en lumière les nombreuses agressions dont est régulièrement victime la communauté chinoise, fortement implantée dans la commune. Les agresseurs visent particulièrement les grossistes qu’ils imaginent porter leur fond de caisse sur eux.
« Nous avions demandé le renforcement de la présence policière, mais sur le terrain, nous avons du mal à voir la différence », souligne Tamara, qui travaille à Aubervilliers. 23 policiers ont tout de même été nommés en renfortt dans la commune de 82 000 habitants en novembre dernier. Le comité souhaitait également que des caméras de surveillance soient ajoutées dans les quartiers les plus sensibles, « il y a des choses de prévu, mais rien n’a été fait pour l’instant », décrit Tamara Lui. Les agressions continuent, la dernière datant même de vendredi. « Un couple s’est fait agresser à l’intérieur de son véhicule aux Quatre-Chemins », raconte-t-elle.
Malgré tout, les choses s’améliorent… doucement. « Les Asiatiques ont pris conscience du problème et s’organisent en se déplaçant à plusieurs s’ils rentrent tard du travail par exemple. Du coup, il y a un peu moins d’attaques. Nous essayons aussi de les inciter à porter davantage plainte, car s’ils ne disent rien, nous ne pouvons pas avoir un vrai regard sur le nombre d’agressions. Or, nous en avons besoin pour améliorer la situation. »
Deux procès distincts pour les agresseurs présumés
Ils avaient été identifiés grâce à des caméras de surveillance et interpellés le 29 août, soit plus de trois semaines après les faits. Trois jeunes ont été mis en examen pour « vol avec violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner » dans l’agression qui a coûté la vie à Chaolin Zhang. La circonstance aggravante de racisme a finalement été retenue. « Les pouvoirs publics ont pris conscience de la montée
d’un racisme anti-asiatique », s’est félicité le comité Sécurité pour tous, créé juste après le drame. Agés de 15, 17 et 19 ans au moment des faits, les auteurs présumés, qui ont avoué leur crime, seront jugés devant deux juridictions distinctes. Le jeune de 15 ans sera présenté au tribunal pour enfants de Bobigny. Son procès pourrait avoir lieu à la rentrée.
Quant à ses deux complices, ils comparaîtront devant la cour d’assises des mineurs (NDLR : malgré la majorité de l’un d’eux, la justice a préféré les juger ensemble) et encourent jusqu’à trente ans de prison. Leur audience aura lieu dans les deux prochaines années.
Hélène Haus - leparisien.fr »
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