Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

Publicité

Stress, souffrance et suicides : le management de la terreur

 

Pris sur le blog de Noël Mamère, voici son éditorial du 21 septembre. Il est consacré au stress et à la souffrance au travail, provoqués par la tyrannie du profit, de la technologie, de la vitesse et par le travail en miettes.

Pierre Mathon

« Stress, souffrance et suicides : le management de la terreur

Le PDG de France Télécom, Monsieur Didier Lombard a osé déclarer le 15 septembre dernier sur France 2 « Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode du suicide, qui évidemment, choque tout le monde ». En parlant de « mode » du suicide, ce polytechnicien hors - sol dit sans fard le fond de sa pensée : ces employés qu’ils considèrent comme des oranges à presser, des objets à déplacer, des marchandises à vendre, des nombres et des choses, sont des empêcheurs d’exploiter la croissance en rond, ils ont trouvé une nouvelle « mode » pour emmerder la croissance d’Orange.

En disant cela, ce monsieur caractérise parfaitement le management de la terreur à l’époque de la mondialisation : la déshumanisation des rapports sociaux est un mal nécessaire à la régulation de l’horreur économique. Quand, à Pittsburgh, les grands de ce monde blablatent sur la moralisation du capitalisme, à Paris, un grand patron de multinationale se fait, sans vergogne, le héraut de la banalisation du mal. Comment peut-on oser parler de « mode » quand des salariés, pères ou mères de famille, se défenestrent ou se plantent des couteaux dans le ventre, en public. Monsieur Lombard va même trouver dans l’actualité des justifications à ses propos insensés : la « mode » des suicides se développerait dans d’autres secteurs, celui des producteurs de lait, de la Protection de la Jeunesse, le Ministère de l’Ecologie où l’on « pète les plombs », en tentant de se donner la mort. Il faut se demander pourquoi nous en sommes arrivés à ces extrémités. La nouvelle « organisation scientifique du travail » est à la conjonction de trois phénomènes au cœur du capitalisme du 21ème siècle :

  la tyrannie du profit. L’exploitation est au cœur de la contradiction capital-travail. Le capitalisme n’existe que s’il génère du profit ; mais l’exacerbation de la concurrence en raison de la mondialisation des marchés a accéléré la course aux profits en accentuant les exigences de rentabilité et les pressions sociales qui lui sont liées. A France Télécom, la remise en cause du statut du personnel qui s’est traduite par 22000 suppressions de postes, sur 100 000 en 3 ans et 14000 « mobilités « internes », obtenues de gré ou de force, a beaucoup rapporté aux actionnaires qui, malgré la crise, ont obtenu 4 milliards de bénéfices. Quand la privatisation tue les uns, elle enrichit les autres.

  La tyrannie technologique. Nous sommes entrés dans une société de surveillance et de contrôle permanente où notre temps est mis en coupe réglée, en dehors de toute instance de régulation. Ce flicage permanent des gens, ces laisses électroniques, ont engendré une tyrannie technologique qui nous grignote de l’intérieur. Le métier n’existe plus, il n’y a plus que des process. L’emprise des écrans, du « on line », du tout internet, en un mot, l’impérialisme numérique, tue non seulement le lien social, engendre la dépossession des individus, mais appauvrit les savoir-faire. Le métier c’était un savoir-faire : une seule chose dans la durée après un temps long de formation. On s’attachait à ce métier, on en était fier. Aujourd’hui, l’employabilité a remplacé le métier. La qualité du produit a été remplacée par le zapping de la production et le culte de l’éphémère. Le travail parcellisé est devenu hors-sol, sa dématérialisation du travail dans de nombreux secteurs engendre des accidents d’un nouveau type : les accidents psychiques du travail.

  La tyrannie de la vitesse. Il faut aller de plus en plus vite, dans tous les domaines. Il n’y a plus de temps mort. Vivre sans temps mort et jouir sans entraves, un des slogans de mai 68 est devenu l’étendard du nouveau capitalisme. Il se traduit par un nouveau rapport au travail. Travailler tout le temps, plus et de plus en plus vite détruit l’organisation traditionnelle du travail. La vitesse engendre la fuite en avant perpétuelle, pour gagner du temps, pour le maîtriser, mais elle revient à sa dictature sur nos existences.

  Le travail était en miettes depuis l’apparition des chaînes de montage, comme l’avait décrit Georges Friedmann, sociologue des années cinquante. Les OS, les ouvriers spécialisés, avaient remplacé les OP, les ouvriers professionnels. L’ouvrier n’avait plus de vision d’ensemble de son métier. Son travail était parcellisé, découpé en tranches. Il n’était plus qu’une machine remplissant des fonctions dépersonnalisées. Aujourd’hui, avec la société de services, nous sommes tous devenus des OS, et des prolétaires, quel que soit notre revenu. Mais à l’inverse des ouvriers d’antan, nous n’avons pas d’avenir radieux devant nous, mais un horizon bouché. Après nous avoir volé notre force de travail, notre corps, notre temps de cerveau disponible avec la télé, le capitalisme nous prend notre âme.

  Le salariat quelle que soit la forme qu’il prend (temps partiel, RSA, CDD, CDI, intérim..) est devenu la condition de l’immense majorité de ceux qui travaillent. Mais en même temps, il a engendré le précariat, ce statut déstabilisé du travailleur contemporain. L’instabilité, la mobilité, la solitude, la compétition, sont devenues les caractéristiques essentielles de la condition du prolétaire de notre époque. Devant la désespérance, les luddites, ces ouvriers anglais du début du XIXème siècle, sabotaient leurs machines. Aujourd’hui, ils s’en prennent à leur propre corps, par la mutilation ou le suicide. La crise exacerbe ces attitudes en plongeant des dizaines de milliers de familles dans l’incertitude du lendemain. L’avenir improbable des enfants dans des familles de plus en plus recomposées et individualisées ajoute à la confusion sociale.

  La résistance est difficile, surtout lorsque le manque de perspectives de transformation se conjugue avec l’absence d’utopies sociales, 20 ans après la chute du Mur de Berlin. Mais réinventer l’espérance sociale est possible : nous sommes au cœur de la troisième écologie, l’écologie mentale dont Félix Guattari avait prédit l’émergence. L’environnement de notre travail est devenu un écosystème qui en se réduisant nous autodétruit. Cette troisième écologie dénonce elle aussi les dégâts du productivisme qui est au cœur de cette course à la croissance, qu’elle soit bleue, rouge ou verte. L’accumulation de ces dégâts fait sens aujourd’hui, car elle se conjugue avec la crise sociale et environnementale. Les écologistes peuvent apporter des réponses à la crise car ils n’ont jamais cru à la religion du travail mais à son émancipation ; ils ont toujours prôné la réduction du temps de travail, le revenu garanti citoyen, indépendamment du travail et l’amélioration de la qualité de vie, dans et hors le travail. La reconversion des activités est au cœur de leur programme. C’est ce programme qu’il faut appliquer pour en finir avec la mort au travail et le management par la terreur.

Noël Mamère, Le 21 septembre 2009

PS1. Fin de partie pour Ségolène ? la petite princesse des médias, candidate de toute la gauche est - elle en train de se perdre dans le Dallas impitoyable des Dalton du PS ? Cette semaine n’a pas été une partie de plaisir pour la dame du Poitou. Mais à force de jouer à la victime avec les médias, à force de dire tout et son contraire, d’opérer des revirements à 180°, pas étonnant qu’elle se retrouve seule. Ce ne veut pas dire que sa trajectoire est finie ; on ne meurt jamais en politique mais elle devrait faire attention. Le peuple de gauche ne réduit pas la politique au people.

PS2. La manif des métallos envahissant la Bourse n’est qu’un simple avertissement. Mais que plus de 3000 ouvriers, venus de toutes les « boites » en lutte contre les plans de licenciements se réunissent, sans encadrement des directions syndicales, montre que la colère monte. La rage du peuple n’est pas visible à la une des médias mais elle existe bien, de la Picardie à l’Aquitaine, du Pas-de-Calais à la Moselle. Xavier Mathieu et ses camarades des « Conti » en sont devenus des symboles mais ils ne sont que l’écume de la vague qui s’avance.

PS3. Clearstream : Le match Villepin Sarkozy est devenu une saga. Dallas tous les soirs pendant quatre semaines. Ce procès ressemble à une corrida ou la mise à mort politique de l’ancien premier Ministre par un Président de la république acharné à vouloir détruire son ex- rival, laisse entrevoir les coulisses - et les écuries - du pouvoir. Les haines recuites vont être balancées en écran 16/9, jusqu’à l’écœurement. Après ce spectacle, les primaires des éléphants socialistes apparaîtront comme des bluettes. »

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article