Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Un rassemblement en mémoire de Natalia ESTEMIROVA, défenseure des droits de l'Homme de l'association Mémorial en Tchétchénie, assassinée le 15 juillet 2009 se tient aujourd’hui vendredi 17 juillet à partir de 18h à la Fontaine Saint Michel
Le rassemblement se tient à l’appel des organisations suivantes :
Premiers signataires : Amnesty international, Comité Tchétchénie, Convoi Syndical, FIDH, Human Rights Watch, Médecins du Monde, Reporters sans frontières
Pour plus d’information :
« Une militante russe, proche d’Anna Politkovskaïa, assassinée
Par LEXPRESS.fr, publié le 16/07/2009
Natalia Estemirova, qui avait participé aux enquêtes de la journaliste Anna Politkovskaïa, a été assassinée mercredi dans le Nord-Caucase. Elle travaillait pour l'ONG Mémorial. Celle-ci accuse le président tchétchène d'avoir commandité le meurtre.
Anna Politkovskaïa assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou
C'est mercredi matin, à Grozny, que des inconnus ont enlevé Natalia Estemirova. Elle a été retrouvée morte quelques heures plus tard en Ingouchie voisine. La militante des droits de l'homme avait pour habitude de dénoncer, dans les médias russes, les atteintes commises par les services de sécurité en Tchétchénie.
"Je sais avec certitude qui est responsable du meurtre de Natalia (...) Son nom est Ramzan Kadirov" (le président tchétchène), écrit Oleg Orlov, président de Mémorial, sur le site internet de l'organisation.
"Ramzan avait déjà menacé et insulté Natalia, qu'il considérait comme une ennemie personnelle", poursuit-il.
Le président tchétchène, cité par Interfax, avait jugé un peu plus tôt que les auteurs de ce crime "monstrueux" ne méritaient "aucun soutien" et devaient subir "un châtiment digne des criminels les plus cruels". A Moscou, son homologue russe Dmitri Medvedev s'est dit "indigné" et a ordonné l'ouverture d'une enquête.
Plusieurs assassinats de militants des droits de l'homme et de journalistes russes ont soulevé récemment l'indignation de la communauté internationale et mis en doute les promesses des autorités en faveur du respect de l'Etat de droit. »

Voici également l’article du Monde :
« Natalia Estemirova ou la mort à petit feu des droits de l'homme en Tchétchénie
LEMONDE.FR | 16.07.09
Tout le monde savait qu'elle était menacée, elle la première." Pour Anne Le Huérou, chargée de mission à la Fédération internationale des droits de l'Homme, comme pour la plupart des connaisseurs de la situation en Tchétchénie, le meurtre, mercredi 15 juillet, de Natalia Estemirova n'est pas une surprise.
Son travail et sa volonté inébranlable de dénoncer les exactions commises en Tchétchénie depuis 2000 avaient fini par faire d'elle la femme à abattre dans la région. Journaliste de formation, cette militante de 50 ans sillonnait sans relâche la Tchétchénie pour traquer les violations des droits de l'homme. Principale responsable de l'ONG russe Memorial dans cette république, elle détenait beaucoup d'informations, travaillait avec des avocats, des journalistes russes ou étrangers qui trouvaient en elle une interlocutrice sérieuse, fiable et expérimentée.
"Les gens de la région eux-mêmes s'adressaient directement à elle, ils se confiaient à elle", raconte Shakhman Akboulatov, du bureau de Memorial à Grozny, la capitale de la Tchétchénie. Une chose peu courante dans cette région, où le mutisme est plutôt de mise. "Grâce à son sérieux, son écoute et sa gentillesse, elle avait réussi à gagner la confiance des gens", ajoute-t-il. "Elle était l'une des plus expérimentées à travailler dans cette région", renchérit Mme Le Huérou.
"RAMZAN KADYROV A MIS EN PLACE UNE VÉRITABLE TERREUR D'ETAT"

Car Natalia Estemirova exerçait en Tchétchénie depuis presque dix ans. Arrivée lors de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n'avait cessé, depuis, d'enquêter sur les abus et violations des droits de l'homme et sur les conditions des femmes, victimes de meurtres commis en toute impunité. Relativement protégée par son statut au début de la guerre, elle était de plus en plus menacée depuis que les chars russes avaient quitté Grozny pour laisser la région entre les mains toutes-puissantes de Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie. "Ramzan Kadyrov a alors mis en place une véritable terreur d'Etat, un règne de la peur", explique Mme Le Huérou.
Ces derniers mois, ses conditions de travail étaient devenues de plus en plus difficiles. La dénonciation de trop, selon Anne Le Huérou, fut celle d'une exécution publique d'un présumé combattant tchétchène. "Elle gênait de plus en plus. Elle avait reçu des menaces directes de Ramzan Kadyrov, car son travail l'empêchait de faire croire que tout se passait bien en Tchétchénie, que le calme et la prospérité étaient revenus. Si M. Kadyrov n'est pas directement responsable de ce meurtre, il en a en tout cas clairement à l'avance absous les auteurs. Et les autorités russes ont accepté cela sur leur sol, elles ont laissé faire, elles en portent la responsabilité", accuse Mme Le Huérou.
Car si Dmitri Medvedev, le président de la Russie, a "fait part de son indignation devant ce meurtre" et a, surtout, reconnu que "ce meurtre prémédité [était] lié à l'activité professionnelle de Natalia Estemirova", pour Memorial, les autorités russes sont au moins complices de ce crime. Une enquête a été ouverte mais, selon Anne Le Huérou, "une enquête telle que celle qui a suivi le meurtre d'Anna Politkovskaïa en 2006 est à craindre". C'est-à-dire une investigation qui aboutirait dans le meilleur des cas à la mise en cause de seconds couteaux mais non des auteurs principaux ni des commanditaires.
"NOUS N'ABANDONNONS PAS"
Dans cette région où, comme le note l'association Human Rights Watch,"les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir", défendre les droits de l'homme relève de plus en plus d'une mission quasi impossible. L'assassinat de Natalia Estemirova est le dernier d'une longue série de meurtres "punitifs".
"Beaucoup de défenseurs des droits de l'Homme comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov", déplore Anne Le Huérou. A l'antenne de Grozny de l'ONG Mémorial, on veut garder encore un peu d'espoir. "Nous n'abandonnons pas. Nous resterons prudents, mais nous allons continuer notre travail", assure M. Akboulatov.
Hélène Bekmezian et Benoît Vitkine »