Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

Il y a quelques jours des enfants sont arrêtés à la sortie de l’école par la police pour un vol de vélo.
Cela se passait à Floirac près de Bordeaux et donc près de Bègles.
Voici la réaction de Noël Mamère.

Tranche de vie à Floirac
Edito du 25 mai 2009
« Je suis né dans un p’tit village
Qu’à un nom pas du tout commun
Bien sûr entouré de bocage
C’est le village de St Martin
A peine j’ai cinq ans qu’on m’emmène
Avec ma mère et mes frangins »...
François Béranger, artiste militant des années soixante-dix aurait pu remplacer le village de St Martin par Floirac, en Gironde, et remettre au goût du jour sa chanson, "Tranche de vie", grâce à l’incroyable fait divers qui a eu lieu la semaine dernière dans cette banlieue de Bordeaux que je connais bien. Jugez-en.
Mardi dernier, à la sortie d’une école, des policiers conduisent au poste deux enfants de 6 et 10 ans pour un soi-disant vol de vélo. A 16h30 tapantes, six policiers en tenue emmènent les écoliers suspects au commissariat du coin - on ne leur a pas mis les menottes car elles doivent être trop grandes pour les petites mains. Et ils passent deux heures au poste...
Cette scène s’est passée en France en 2009, devant deux cents enfants qui ont vu leurs copains Hicham et son cousin partir entourés de policiers comme s’ils allaient en prison pour un vol qu’ils n’avaient pas commis. Précision intéressante concernant cette leçon d’instruction civique in vivo : le directeur de l’école n’a même pas été prévenu.
Dans quel pays vit-on ? Je connais bien Floirac. C’est une petite ville de 16000 habitants, limitrophe de Bordeaux, séparée de Bègles par la Garonne. Cela aurait pu se passer dans ma commune, pas si différente. Des barres HLM, des usines qui ferment, des entreprises de service pas encore stabilisées, une population issue de la mixité sociale et ethnique. La crise qui touche tout le monde. Une police qui, minée par la culture du résultat et des statistiques, fait du chiffre à tout prix pour plaire à sa hiérarchie, un directeur départemental qui lui même obéit fidèlement et bêtement à sa ministre Alliot-Marie censée le couvrir ; une ministre qui, elle même, doit montrer au Prince Président qu’elle est droite dans ses bottes pour combattre l’insécurité... Sauf qu’à Floirac ça a dérapé. Floirac n’est pas Tarnac. Dur de comparer des mômes de 6 et 10 ans à la « mouvance anarcho-autonome », aux « dealers », ou à la grande délinquance. Les pandores ont donc du en rabattre car ils ont été abandonnés en rase-campagne par Frédéric Lefebvre pour l’UMP et Michelle Alliot- Marie qui aurait diligenté une enquête. Au delà de la galéjade, ce bal des hypocrites autour de Floirac inspire un profond malaise. Un vent mauvais souffle décidément sur la France Sarkozyste. A moins de deux semaines des élections européennes dont on encourage l’abstention en haut lieu, la dérive sécuritaire s’accentue. La meilleure preuve : Darcos, le ministre de l’Education nationale annonce trois jours après la pitrerie policière de Floirac ... La fouille des cartables ! Devant le 90ème congrès de la Fédération des parents d’Elèves de l’Enseignement Public, il annonce la création d’une « force mobile d’agents » intervenant en milieu scolaire, chargée de faire ouvrir les cartables ou fouiller l’élève qu’elle suspecte de vouloir introduire des armes. Non content de sa trouvaille, le ministre ressort la vieille antienne de la punition des parents qui ont démissionné avec "des sanctions financières concrètes, rapides, et proportionnées à la faute". Tiens, comme c’est étrange, cette fois ci on ne demande pas aux parents de définir un "code de déontologie", comme pour les grands patrons qui se goinfrent avec les stock-options et les indemnités de licenciements. Comme à chaque veille d’élections, on annonce des mesures anticonstitutionnelles.
Cette folie sécuritaire envers les écoliers n’est que le denier acte d’une dérive qui a commencée il y a déjà trop longtemps. Ce sont d’abord les atteintes répétées aux ordonnances de 1945, puis les lois à répétition sur la prévention de la délinquance, la chasse aux élèves sans-papiers à l’intérieur même des écoles, les fichiers comme Eloi ou Base-Elèves qui instituent le fichage dès la maternelle... Si on voit bien l’instrumentalisation politique que fait le pouvoir à la veille de chaque échéance électorale, on ne voit rien quant aux résultats en matière de baisse de l’insécurité sociale. De fait, en transformant les banlieues en territoire ennemi, dans la République, en chassant les immigrés, les pauvres, les jeunes et maintenant les enfants, le pouvoir asphyxie progressivement la démocratie tout en suscitant le fantasme de la surveillance absolue. ADN, marqueurs RFID, vidéo surveillance... Plus la police déploie son arsenal technologique, plus le contrôle social s’étend, moins la sécurité réelle progresse. Ce paradoxe s’explique aisément : la police se coupe des citoyens. Les citoyens ont peur de la police. Des territoires et des catégories entières de la population ont tendance à s’autonomiser, à vivre dans les marges de la République, aux frontières de l’Etat de droit. Les gens sont divisés en bons et mauvais citoyens, quand ils ne sont pas réduits à l’état de sous-citoyens obligés de se cacher pour survivre, comme les sans-papiers. A la fin, des sociétés parallèles se développent, inventant des formes nouvelles de vivre ensemble, avec leur propre conception de la justice , de la police et leurs propres valeurs. Cela s’appelle des ghettos. Mais les ghettos d’antan étaient des espaces communautaires. Là, ils sont marqués de plus en plus par l’individualisme, la lutte pour la survie, la concurrence sauvage entre des clans. Et maintenant voilà que les enfants deviennent les nouveaux enjeux de cette déconstruction sociale. Quand on prend des enfants comme boucs-émissaires, c’est un peu de l’identité de la France qui fout le camp. Gavroche était la mascotte des révolutions qui ont fait la France. Si Victor Hugo, qui l’immortalisa dans les Misérables, revenait, il serait pour le moins surpris : on ne tue plus les enfants sur les barricades, on les arrête pour des vols de vélo imaginaires. Il n’est que temps de sanctionner les gouvernants qui ont engendré cette société de surveillance des enfants de 6 ans, cette société où ses enfants grandiront en se remémorant le refrain de la ballade de Béranger :
« J’en suis encore à m’demander
Après tant et tant d’années
A quoi ça sert de vivre et tout
A quoi ça sert en bref ....d’être né »
Noël Mamère, le 25 mai 2009.
Pour écouter la chanson de François Béranger, cliquez ici
P.S. 1 : Un train de marchandises qui déraille et c’est tout le trafic Bordeaux- Paris qui en pâtit. Huit sociétés privées opèrent sur le réseau, dont ECR impliquée dans la collision d’Angoulême, mercredi dernier. Le fret est désormais ouvert à tous vents. Le premier janvier 2010, ce sera le trafic voyageurs. En pleines élections européennes, ce fait divers n’en est pas un. Il illustre la lente dégradation des transports engendrée par la privatisation progressive des services publics. Un film de Ken Loach, il y a quelques années, montrait comment la société anglaise avait subi les effets de la "concurrence libre et non faussée". Nous en sommes là.

Le 7 juin prochain , vous ne devrez pas oublier ce débat avant de voter. Europe Ecologie propose un moratoire sur la libéralisation des services publics en Europe et un bilan sur les conséquences de ce qui s’est passé dans des secteurs déjà soumis à ces directives, pour en finir avec les effets pervers de la loi du marché. Rappeler cet enjeu n’est pas inutile dans un climat qui pousse plus de 50 % des français à s’abstenir.

P.S. 2 : Les Tamouls meurent dans l’indifférence générale. La guerre est paraît-il finie avec l’élimination du dernier carré de résistants du LTTE. Le Tigre est blessé à mort mais est-il abattu définitivement ? J’en doute, car au-delà du bilan des 80 0000 morts depuis le déclenchement de la guérilla en 1983, les Tamouls représentent 12,5 % de la population du Sri Lanka. Aujourd’hui 250000 tamouls sont parqués dans des camps, des millions vivent à l’étranger. La peur règne dans tout le sud du pays comme dans les communautés tamouls de Colombo. Comme en Palestine ou au Kurdistan, la solution n’est pas militaire, mais politique. Mais qui s’intéressera encore dans quelques jours aux Tamouls ? Vous avez dit "politique de l’émotion" ?