Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Photos : "des babys oui, mais des Bonzini"
Odile Novel et Hélène Zanier portant des sacs de copeaux au jardin-guinguette de la DhuysCe week-end, Ermont-Eaubonne (Val d’Oise) accueillait la deuxième étape du championnat du monde.
ELISE AMAR
Quand le baby-foot évoque pour la plupart les années lycées ou les après-midi au café à s’agiter devant vingt-deux figurines en aluminium, pour d’autres il représente un véritable sport rythmé par ses entraînements et compétitions. Mais un sport encore ultra confidentiel. Ils sont 771 licenciés en France dont la plupart ont fait le déplacement à Ermont-Eaubonne en région parisienne ou se déroulait ce week-end la deuxième étape du championnat du monde. Sous le stade couvert Stéphane-Diagana, une centaine de terrains de foot de 1,50 m sur 92 cm ont été installés pour l’occasion. Cinq cents joueurs de vingt nationalités se sont affrontés pendant quatre jours en simple ou en double dans différentes catégories: espoirs, séniors, féminines, vétérans, handisport. Une véritable compétition, bien loin de l’ambiance bistrot.
Au micro, les organisateurs annoncent les matchs au milieu d’un concert de cliquetis de barres métalliques. Les supporters ont le droit de circuler entre les tables mais pas question de parler. Les joueurs ont entre 12 et 88 ans et 20% sont des femmes. A la table 85, Alice Denmanivong et Estelle Jacquot, championnes du monde en titre, rencontrent deux Néerlandaises. Visages crispés et regards figés sur la petite balle jaune, elles dominent la partie. Alice bloque la balle sous les pieds carrés de son attaquant, essuie ses mains sur la serviette suspendue à son jogging, puis reprend la poignée. Petite feinte au défenseur rouge suivi d’une frappe puissante, c’est le but. Les filles sont qualifiées pour les phases éliminatoires.
Alice, 26 ans, est psychologue du travail à Perpignan. Elle est licenciée depuis huit ans: «J’ai dû attendre ma majorité pour m’inscrire car mes parents n’étaient pas d’accord. Ils n’avaient pas une super image de ce jeu. Pour eux, c’était juste un loisir de café», explique la capitaine de l’équipe de France.
La plupart des participants ont découvert par hasard qu’on pouvait pratiquer le baby en compétition, par l’intermédiaire d’un ami ou grâce à Internet. Claude et Jean-Jacques jouent dans la catégorie des vétérans. Passionnés de baby-foot depuis l’âge de 13 ans, ils se sont d’ailleurs rencontrés dans un café. «On a joué jusqu’à nos 20 ans dans les bars et après, on a abandonné. Puis il y a six ans, Jean a vu qu’il existait des compétitions, alors sans hésiter on a repris les poignées», se souvient Claude qui, à 63 ans, est le meilleur classé dans sa catégorie. «Au début, c’est un peu perturbant car c’est différent de la pratique des bars. Le règlement est extrêmement précis mais on s’y fait très vite.»
La tension monte et la fatigue se fait sentir. Depuis 9 heures du matin, les joueurs enchaînent les matches. «On est toujours debout et quand on ne joue pas on va supporter les copains», témoigne participant. Autour de la table 20, une quarantaine de personnes sont entassées pour voir à l’oeuvre le Belge Frédéric Collignon, star du football de table. Le genre de joueur qui arriverait à faire croire que ses figurines sont munies de deux jambes indépendantes. Le type auquel on demande un autographe.
Quelques mètres plus loin, Thomas, 29 ans, vêtu d’un tee-shirt imprimé «Sex instructor», se concentre pour sa prochaine rencontre. Normal, il joue le fameux numéro 1 mondial. Plutôt serein, il relativise: «C’est sûr que c’est un excellent joueur. C’est un des rares à maîtriser avec autant de dextérité la barre des demis. Ça va être un plaisir de jouer contre lui car je vais beaucoup apprendre.»
Pour ces mordus, la question ne se pose pas ; le football de table est un sport à part entière. «C’est très physique, contrairement à ce qu’on pourrait croire, et cela nécessite aussi beaucoup de technique et de tactique, ce qui demande énormément d’heures d’entraînement», atteste Alice, la Perpignanaise, qui confie s’entraîner 8 heures par semaine. Pourtant, le ministère de la Jeunesse et des sports refuse de reconnaître officiellement le baby comme un sport. De fait, l’activité repose uniquement sur du sponsoring et du bénévolat. Aucune subvention. Ce sont les joueurs qui doivent payer leur déplacement. Par exemple, Alice a dû dépenser 400 euros juste pour ces quatre jours de tournoi. Avec un tournoi par mois, la note devient vite salée.
Mais ironie du sort, quand Farid Lounas, le président de la FFFT, demande l’agrément Jeunesse et éducation populaire, on lui refuse sous prétexte que le football de table est un sport! «Mon problème aujourd’hui, déplore-t-il, c’est qu’on est face à un imbroglio total dans le sens où l’on est ni une activité pour la jeunesse, ni une activité d’éducation populaire, ni une activité sportive. Donc on est inexistant.» »