Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

Eva Joly est n°2 de la liste Europe Écologie en Ile de France. Elle a donné une interview au Journal Du Dimanche.
A l'occasion de la présentation de son livre, « Des héros ordinaires »*, Eva Joly parle de sa candidature aux élections européennes du 7 juin, en Ile-de-France, sur les listes Europe Ecologie.
Eva Joly, de nationalité franco-norvégienne, est retraitée de la magistrature française. Nommée en 1990 juge d’instruction au pôle financier à Paris, elle instruit des affaires comme celle de Bernard Tapie, puis hérite du dossier Bidermann, qui conduit via Elf-Gabon à l’affaire Elf.
En 1996, elle fait incarcérer le patron Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d’Elf et président en exercice de la SNCF.

Puis elle ouvre les dossiers de l’affaire des frégates de Taïwan et de l'affaire Dumas-Deviers-Joncour. Elle condamne en 2001 le président du Conseil Constitutionnel, qui démissionne. Mais Roland Dumas est relaxé en appel en 2003..
En 2002, elle se met en disponibilité de la magistrature pour devenir conseillère du gouvernement norvégien dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière internationale, déplorant au passage la complaisance en France avec les malversations financières.
C’est l’occasion pour nous de dire combien nous sommes heureux qu’Eva Joly ait accepté la proposition de Daniel Cohn-Bendit de figurer en position éligible, si les électeurs se mobilisent le 7 juin, sur la liste Europe Écologie.
Pierre Mathon

Voici cette interview recueillie pour le JDD par Alice POUYAT :
« Pourquoi entrer en politique aujourd'hui?
J'ai beaucoup d'admiration pour les hommes et les femmes qui résistent. C'est pourquoi je viens d'écrire Des héros ordinaires*, recueil de portraits de citoyens courageux qui luttent contre la corruption et les paradis fiscaux. Je pourrais écrire un deuxième tome sur des Français engagés, comme Etienne Cendrier (porte-parole de Robins des toits, association qui lutte contre les dangers des antennes relais, ndlr). Mais pour ma part, j'ai compris que j'avais épuisé les possibilités d'action en tant que citoyenne, en France comme en Norvège. Face à la puissance des multinationales, à la corruption mondialisée, la politique me semble un moyen d'influer sur la réglementation.

L'intégrité que vous avez toujours défendue n'est-elle pas menacée par cette entrée en politique ?
Cela ne dépend que de moi! Vous savez, j'ai vu trop de gens qui portent leur intégrité en bandoulière, des juges effrayés par l'idée qu'ils puissent être pris dans le vrai... A un moment, il faut agir. Et puis je trouve que l'offre politique est inadéquate.
Pourquoi avoir rejoint les écologistes précisément? C'est un choix assez inattendu...
L'UMP n'a rien compris à l'économie. Le parti limite les impôts pour les riches à un moment où l'effort national doit être partagé. Les socialistes proposent les mêmes solutions depuis les Trente Glorieuses et sont empêtrés dans des rivalités internes. Le Modem fait des choses intéressantes, notamment pour l'environnement, mais son pêché originel est de siéger aux côtés des libéraux au parlement européen. La gauche radicale n'est pas force de proposition. Aucun de ces partis n'a pris la dimension de la crise économique et de la crise écologique qui, pour moi, sont intimement liées. Vouloir sauver le secteur automobile sans promouvoir les voitures propres est complètement absurde par exemple.
Ecologie et lutte anticorruption sont donc liées...
Oui. Il faut aujourd'hui promouvoir une économie propre dans tous les sens du terme. La plateforme Europe Ecologie fait de nombreuses propositions en ce sens. Elle souhaite notamment un grand emprunt pour financer une économie verte, qui aille bien au-delà de notre plan de relance. Cette plateforme réunit des personnes souvent jeunes, impliquées, proches de la société civile, proche de Greenpeace, de Nicolas Hulot. Dans tous les domaines, elle place l'intérêt des citoyens au centre de ses combats. Or, quelle est la cause la plus importante aujourd'hui pour la planète? C'est l'écologie.
Pourquoi mener ce combat au niveau européen? Le Parlement de Strasbourg est-il assez puissant et indépendant des pressions économiques?
Le parlement européen pourrait avoir plus de pouvoir. Il n'échappe pas non plus aux pressions des lobbys. La plateforme écologiste a justement pris l'engagement de réglementer le lobbysme européen. Et puis, tout dépend des personnes que l'on envoie au Parlement! Si on élit des ultralibéraux qui pensent que le marché se régule tout seul, la réglementation européenne risque de patiner, alors que l'Europe peut offrir des avancées considérables. La directive Reach (qui encadre l'utilisation des substances chimiques, ndlr) en est un bon exemple. L'Europe est aujourd'hui le meilleur cadre pour agir. C'est par exemple le cas aujourd'hui pour légiférer sur les antennes relais. En France, il y a une trop grande proximité entre les opérateurs, comme Bouygues, et le pouvoir. Or, avec quatre milliards de téléphones, c'est le plus grand problème de santé publique.

Quel sera votre chantier prioritaire si vous êtes élue?
La lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, qui déséquilibrent les rapports Nord Sud, restent ma priorité. Pour développer une finance propre, la plateforme Europe Ecologie propose notamment la création d'une taxe sur les produits financiers, qui permettra de tracer les flux financiers.
Les institutions européennes sont-elles à la hauteur en matière de lutte anti-corruption? Et sinon, comment renforcer leur pouvoir?
José Manuel Barroso est quasi inexistant sur ces questions! Mais la Commission agit tout de même. En 2008, elle a suspendu ses aides à la Bulgarie, dans l'attente de progrès sur le front de la corruption. On pourrait aller beaucoup plus loin dans la voie d'une régulation fédérale. Aujourd'hui, il n'existe qu'un Office européen anti-fraude (Olaf). Celui-ci fournit des informations aux différents pays, qui restent maitre des enquêtes judiciaires menées sur leur territoire. Il faudrait que l'Olaf puisse déclencher des poursuites et, à terme, créer un tribunal pénal européen, qui traque la criminalité économique transfrontalière, comme il existe une Cour européenne pour les droits de l'homme. Mais pour cela, les pays doivent renoncer à un part de leur souveraineté. »
* « Des héros ordinaires », Eva Joly, avec Maria Malagardis. Editions Les Arèn