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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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ALERTE PLANETAIRE SUR LE COCHON

 


La crise est aussi écologique, « Cochon qui s’en dédit ». Voici l’éditorial du blog de Noël Mamère de cette semaine.

« Alerte planétaire sur le cochon

Edito du 27 avril 2009

Vous avez aimé la grippe aviaire, vous allez adorer la grippe porcine. Depuis quelques jours, le Mexique, foyer de départ du virus a été saisi par ce nouvel avatar de la souche H5 N1. Cette fois ci c’est le H1 N1 qui frappe à la porte. Mardi matin, 152 morts étaient déjà dénombrés dans ce pays et plus de 1600 personnes infectées. Des cas étaient signalés au Canada, aux États-Unis, en Colombie, en Nouvelle-Zélande, en Espagne, en Écosse, ou en Israël... Toute la planète s’inquiète. L’OMS place au niveau 4 (sur une échelle de 6) l’état d’urgence sanitaire mondiale. Au moment où l’on démantèle l’organisation de la santé en France, cette nouvelle pandémie rappelle que la lutte contre les épidémies modernes est plus que jamais à l’ordre du jour. Est-ce une psychose ou le début d’une nouvelle catastrophe ? A cet instant nul ne le sait, mais une telle dramatisation de la crise en moins de 48 heures nous rappelle la fragilité de notre monde, la faiblesse de ses immunités sociales confrontées à des catastrophes.

Elle nous rappelle qu’il y a 23 ans, le nuage nucléaire de Tchernobyl avait engendré une peur similaire qui accéléra la désagrégation de l’URSS. Seule l’administration française avait élaboré alors la théorie farfelue du nuage s’arrêtant aux frontières. Aujourd’hui, on n’en est plus là et Roselyne Bachelot va tenir une cellule de crise quotidienne et hautement médiatisée. Mais, en pleine préparation des élections européennes, l’absence de plan de prévention à l’échelle européenne, montre que nous n’avons pas encore pris la mesure des "3 P", constitutifs de toute politique écologique : prévention des risques, principe de précaution, politique de protection civile des populations. Cette imprévoyance ne peut être cachée par la médiatisation anxiogène d’une situation qui, souvent nous échappe et qui amplifie la panique, sans donner les moyens concrets de s’opposer à cette crise.

Apprendre à gérer les catastrophes, et pas seulement la déplorer à travers ses conséquences, est un défi à venir, car ces situations vont se multiplier. Plus le monde devient un petit village, sous l’effet de la vitesse de circulation de l’information, des transports, des flux de marchandises et d’hommes, plus le développement des pandémies à l’échelle planétaire devient une probabilité inéluctable. Ces catastrophes sont pourtant contrôlables, à condition d’en prendre la mesure et sans que la liberté de circulation soit menacée.

La vigilance s’impose donc dans une situation où il faut toujours envisager le scénario du pire, parce que le pire n’est plus à venir mais est déjà advenu, avec Auschwitz, Hiroshima, Bophal... Et le déluge climatique qui, chaque jour, menace de plus en plus la planète avec la fonte accélérée des pôles. Le pire est déjà advenu, parce que l’humanité a démontré, tout au long du siècle dernier, sa capacité à s’anéantir elle - même. C’est pourquoi nous avons appris à vivre au temps des catastrophes. Au milieu des ravages des tremblements de terre, des ouragans, des mafias de la drogue, de la guerre des gangs, de la corruption généralisée, les Mexicains ne paniquent pas : ils ferment les églises en écoutant leurs curés dire la messe et ne vont plus au stade de foot, préférant regarder les matchs à la télévision. Malgré le charivari médiatique, ce n’est pas la panique généralisée. Cette réaction du corps social est saine, car ce que l’on sait de ce virus c’est que l’on ne connaît pas grand chose sur son niveau de propagation et sur la réalité de sa force virale. Bref, on manque de recul pour savoir ce qui va se passer. A part se protéger avec des masques, la riposte n’est pas évidente. La grippe peut tuer 40 millions de personnes, comme la grippe espagnole en 1918- 1919, 2 millions, comme la grippe de Hong-Kong de 1968 à 1970, ou 800 individus, comme la crise aviaire asiatique en 2003. Tout est possible dans de tels cas. C’est précisément la force des catastrophes d’être discontinues et imprévisibles ; à partir d’un certain niveau on bascule dans l’inconnu. Il est difficile de gérer des évènements totalement aléatoires. Jean Pierre Dupuy, ce philosophe des catastrophes, a écrit très justement, dans son ouvrage, "le catastrophisme éclairé", que "ce n’est pas l’incertitude, scientifique ou non, qui est l’obstacle, c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver". L’esprit écarte toujours l’horreur à venir. C’est pourquoi, malgré le principe de précaution, nous n’arrivons pas à apprendre des catastrophes, à tirer des enseignements qui pourront bénéficier aux générations futures. La peur de la catastrophe a malheureusement peu, sinon aucun effet dissuasif.

Ce jugement ne vaut pas seulement pour la grippe porcine actuellement en cours. L’insécurité sociale née de la crise financière pourrait être caractérisée de la même façon : nous savions tout des bulles financières et boursières. Nous savions tout de la nocivité des produits toxiques bancaires et nous n’avions pas besoin du G20 pour établir une carte des paradis fiscaux... Nous n’avons rien fait pour empêcher l’éclatement de la bulle immobilière et la faillite des banques américaines. Comme nous ne faisons rien pour empêcher la crise alimentaire mondiale, la raréfaction de l’eau, la mise à mort de milliers d’espèces et la destruction de la bio-diversité. Jamais l’homme n’a disposé d’autant de moyens de connaissances et d’information et pourtant, comme au temps de la Bible, il déplore, il dénonce, il pleure ses morts mais ne réagit qu’après coup, s’attaquant aux conséquences sans traiter les causes à la racine du mal. Après Bergson, Dupuy appelle cet éternel recommencement : "l’évolution destructrice". Les écologistes estiment que l’on pourrait éviter l’inévitable en adoptant une éthique de la responsabilité. Cette philosophie morale, individuelle autant que collective, ne permettrait peut-être pas de changer l’avenir mais, au moins, d’apprendre à l’affronter dans de meilleures conditions. Comme écologiste, j’estime que l’on peut sortir de la peur, sortir de ce moyen-âge de la pensée magique, faire de cette peur de l’avenir un motif de ressourcement et de vie. Oui, je suis un optimiste, parce que je crois que nous sommes en train de vivre un changement d’ère. Nous ne croyons pas au Progrès comme idéologie de la maîtrise totale des évènements qui nous entourent ; parce que nous sommes embarqués sur la même arche de Noé, nous devons apprendre à souquer tous ensemble à travers les tempêtes. Ce ne sont pas des lendemains qui chantent mais, déjà, l’espoir de se libérer des forces religieuses et séculaires de la peur qui nous ont empêchées d’être nous- mêmes : des humains au sein d’une Terre- Mère.


Noël Mamère, le 28 avril 2009.



P.S. 1. Catastrophe...judiciaire : Outreau , le retour ! Le juge Burgaud aura eu droit à une simple réprimande. Où il était coupable d’avoir envoyé des innocents durant trois longues années en prison, où il avait eu raison. Mais dans ce dernier cas, il s’agissait de remonter toute la chaîne judiciaire et de mettre en cause d’autres responsables que le jeune magistrat. La justice ne sort pas grandie de ce nouvel épisode, ni non plus l’Assemblée nationale : le rapport de la Commission d’enquête parlementaire qui préconisait des recommandations très précises, n’a-t-il pas été jeté aux oubliettes ?

P.S. 2. Le premier mai : je sais, c’est un grand week-end et nous serions tenté d’aller à la pêche pour oublier la crise, mais elle ne nous oubliera pas, comme le montrent les dizaines de milliers de chômeurs annoncés pour le mois de mars. Je serais donc au côté des syndicats et des salariés qui manifesteront dans plus de 300 villes de France, à l’appel des huit organisations syndicales. A part les manifestations de 2002, liées à la présence de Le Pen au deuxième tour, voilà des lustres que les syndicats n’avaient pas manifesté côte à côte. Un air de Front populaire flotte sur le pays. Les responsables de la gauche devraient s’inspirer de leurs homologues syndicaux. »

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