Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

« A-t’on raison de séquestrer les patrons ?
La mise au pilori médiatique des salariés qui « retiennent » leurs patrons est devenue la nouvelle marotte des journalistes couchés et des sarkozystes enrégimentés. Selon ces nouveaux « bien pensants », ils seraient des « preneurs d’otages », des salariés « voyous » qui usent de méthodes « terroristes ». Ce festival de commentaires haineux vis-à- vis d’hommes et de femmes qui sont menacés dans leur existence sociale me choque de la part de ceux qui glorifient le libéralisme, la dérèglementation et le libre échange sous toutes ses formes, depuis de longues années, sans s’interroger sur les conséquences de ces armes de destruction massive du dialogue social.

Les séquestrations ne sont pas des méthodes nouvelles. Avant et après Mais 68, l’insubordination ouvrière des OS avait entraîné ces « dialogues prolongés » avec les employeurs. A l’époque, cette méthode de négociation faisait partie du répertoire traditionnel des formes d’actions collectives utilisées par les syndicats et les salariés ; elle se pratiquait sans donner matière à un tel déchaînement médiatique. Il est vrai que la presse à l’époque était un tantinet plus diverse et que, même à la télévision, le rapport de force entre communistes et gaullistes, issus de la matrice de la Résistance, modérait les ardeurs des plus libéraux. Il est vrai aussi que l’on se souvenait des premières séquestrations apparues en juin 1936 sous le Front Populaire, elles avaient ensuite été suivies par celles de 1947 et, enfin, en mai 68 : les deux premières grèves ouvrières, avec occupation des usines de Sud Aviation à Bouguenais en Loire-Atlantique et de Renault Cléon, furent le signal de la grève générale.

Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, tout est fait pour diaboliser et criminaliser le mouvement social et transformer les salariés qui osent se défendre contre les licenciements en partisans de la violence sociale. Pourtant, la radicalisation actuelle dans de nombreuses entreprises, notamment privées, ne devrait étonner que les naïfs ou les inconscients. La casse sociale menace et précarise l’existence de centaines de milliers de familles, sans que l’État ni la loi ne fassent rien pour les protéger. Les plans de licenciements, les délocalisations boursières, se multiplient au moment où des grands patrons ayant mis en péril leurs entreprises, partent avec des sur-rémunérations scandaleuses. Les stock-options et autres primes de départ atteignent des sommes astronomiques que les salariés réduits au chômage regardent bouche bée. L’inégalité de traitement est telle que les plus modérés des syndicats commencent à ruer dans les brancards.
Le gouvernement Sarkozy n’est pas étranger non plus à cette explosion de séquestrations. Qui sème la misère récolte la colère, c’est bien connu. Et le comportement de Nicolas Sarkozy est en soi une provocation : un jour il se moque de la grève qu’il a définitivement enterrée comme moyen d’action ; un autre jour, il défiscalise un peu plus l’ISF pour ses amis du Fouquet’s, le troisième jour, il décore de la légion d’honneur Vincent Bolloré, qui lui offrit une croisière de luxe au lendemain de son élection, ainsi que le dirigeant de Lagardère média. Dès lors, la séquestration traduit un « ras le bol » de gens qui disent : « on en a assez de payer la crise, quand tous ces riches se goinfrent avec le bouclier fiscal, les sursalaires, les stock- options, les délits d’initiés, les paradis fiscaux...".
La séquestration révèle trois choses :
Premièrement, la contradiction entre légalité et légitimité n’a jamais été aussi forte dans le pays. Les inégalités entre les salaires, les disparités entre les revenus sont parmi les plus forts de toute l’Europe. Quand la loi devient injuste, quand elle ne protège pas, elle incite à la rébellion tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans un ordre social injuste.
Deuxièmement, la crise de la représentation politique et sociale est d’abord une crise de la représentation médiatique. Les séquestrations permettent de faire connaitre le conflit qui y est lié. Elles sont un moyen de culpabiliser le patronat en révélant sa rapacité et son absence de volonté de négocier. Elles permettent de sensibiliser le grand public et de mettre en lumière une situation de crise sociale qui, sinon, pourrirait. Il faut noter que, le plus souvent, ces séquestrations ne sont pas seulement soutenues par les salariés de l’entreprise concernée mais par la population de la ville et des villages environnants qui se sentent aussi menacés par la désertification que la fermeture de l’usine va nécessairement entraîner.
Troisièmement, elle est le révélateur d’un illégalisme ouvrier qui trouve ses racines dans l’absence de médiation sociale organisée. Les syndicats français sont les plus faibles d’Europe, en terme d’adhérents et d’organisations. Ils sont divisés, trop nombreux et absents de la plupart des PME. Une des raisons de ce syndicalisme d’action directe, profondément enracinée dans la mémoire collective, est que le patronat français a toujours cru pouvoir se passer d’interlocuteurs, en jouant à la fois sur le registre du paternalisme et sur celui de la répression anti-syndicale.
Alors, oui je comprends les raisons qui poussent des femmes et des hommes acculés au désespoir à utiliser la rétention provisoire de personnes qui déménagent en douce les machines, qui ne paient pas les salaires, qui jouent avec la vie des familles. La désobéissance sociale quand elle est une réaction non violente à une situation de violence sociale, je la comprends quand je vois atterrir dans mon bureau de maire ou de parlementaire des femmes et des hommes cassés par le chômage, la précarité, la baisse drastique de leur niveau de vie, le surendettement. Ils ont trimé toute leur vie durant et ils sont jetés tout d’un coup au bout d’une vie de labeur comme des kleenex. Qui ne se révolterait pas à leur place ? Quand le système en place est incapable d’apporter la sécurité, de protéger ses concitoyens, l’autodéfense sociale devient légitime. Je ne serais pas de ceux qui jetteront la pierre à ceux qui défendent leur existence sociale. Que les "invisibles" soient de retour, cela est plutôt une bonne nouvelle par les temps qui courent. La résignation ne rime pas en général avec la bonne santé du corps social. L’une des conditions, bien au contraire, de la cohésion sociale est l’existence d’une société mobilisée. Ce n’est pas aux politiques d’encourager ni de crier haro sur telle ou telle forme de lutte. Les salariés et leurs organisations déterminent les rythmes, les méthodes et les tactiques de luttes. Ils font leur boulot, faisons le notre en formulant des propositions crédibles pour sortir de la crise. C’est là où réside l’urgence et pas dans la diversion du débat, par la stigmatisation de ceux qui luttent pour sauver leur emploi leur revenu et leur dignité.
Noël Mamère, le 14 avril 2009

P.S. 1 : La loi Hadopi sur le téléchargement illégal a été rejetée provisoirement. C’est évidemment un camouflet pour la majorité présidentielle. J’avais déjà vécu une telle situation au temps de la gauche avec le rejet du PACS. Dans ce cas comme dans celui du téléchargement, les députés de la majorité votent avec leurs pieds. Ils désertent l’hémicycle parce qu’ils ont peur de se voir reprocher par leurs électeurs d’avoir voté contre leurs convictions. Dans le cas du PACS, les socialistes avaient peur de leur ombre. Le PACS était de fait populaire. Cette fois c’est le contraire. Priver d’Internet les familles parce qu’un CD a été téléchargé gratuitement est une forme déjà dépassée de lutte contre le piratage.
P.S. 2 : Le maire D’Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, a été écroué pour détournement de fonds public dans la ville que Marine Le Pen convoite. Décidément, la gauche se montre pitoyable quand elle ne fait pas le ménage dans ses rangs. Le maire actuel est l’ancien directeur de cabinet de l’ancien maire PS déjà montré du doigt pour sa gestion. Il n’était pas bien difficile de faire des choix courageux pour une ville minée par le clientélisme et la corruption. En refusant de nettoyer les écuries d’Augias, les socialistes du pas de calais redonnent un espace politique à l’héritière du Front national. Quel gâchis !»