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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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Lu dans Charlie Hebdo : « la bataille de Durban »

Un article de Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans CHARLIE HEBDO de ce mercredi 15 avril sur la conférence des Nations Unies « contre le racisme » appellée « Durban 2 » qui va avoir lieu à Genève la semaine prochaine :

 

« CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES CONTRE LE RACISME

LA BATAILLE DE DURBAN

     Les islamistes ont pris en otage la première Conférence mondiale contre le racisme de Durban. Sa réédition, prévue à Genève du 20 au 24 avril, hésite entre succomber à l’intox de groupes néoconservateurs américains, décidés à avoir la peau des Nations unies, et participer au cirque de quelques guignols, dont Ahmadinejad et Kadhafi, qui songent à venir faire un tour de manège.

     En termes de calendrier, la première Conférence mondiale contre le racisme — qui a eu lieu en Afrique du Sud du 31 août au 7 septembre 2001 — ne pouvait plus mal tomber. Nous étions quelques mois après l’arrivée de George W. Bush au pouvoir, quelques semaines après le déclenchement de la seconde Intifada et quelques jours seulement avant le 11 septembre. Il flottait comme un climat empoisonné.
     Dans les rues, des radicaux islamistes sud-africains, rejoints par des extrémistes venus pour la Conférence, manifestaient contre «l’holocauste des Palestiniens» aux cris de «sionisme = racisme». Au forum des ONG, l’Union des avocats arabes avait loué un stand pour y vendre Les Protocoles des Sages de Sion. Le même stand exposait des dessins montrant des Juifs aux nez crochus, où l’étoile de David était systématiquement associée à des croix gammées. Sans que cela choque. Trop heureux de venir écouter le discours fleuve de Fidel Castro, certains militants se sont à peine pincé le nez en entendant des slogans antisémites fuser. Les mêmes fermaient les yeux lorsque des groupes d’extrémistes venaient bousculer au caucus européen et au forum des jeunes. Deux militantes belges se sont retrouvées cernées par des dizaines de militants pro-Palestiniens venus les insulter et les traiter de «criminelles», simplement parce qu’elles étaient… juives. L’une d’elles confie n’avoir jamais fait l’objet d’un tel antisémitisme de toute sa vie. Elle venait de tomber sur un tract à la gloire d’Hitler.
     Au milieu de la pagaille générale, trois drôles de rabbins posaient pour les photographes devant des pancartes antisionistes. Des Neturei Karta, ces intégristes juifs opposés à l’existence de l’État d’Israël pour des raisons religieuses. Seul Dieu — et non de satanés laïques — pouvant offrir la Terre promise…. Quelques années plus tard, les mêmes viendront faire une conférence au Théâtre de la Main d’or, à l’invitation de Dieudonné.
      À Durban, leur chaperon s’appelait Massoud Shadjareh, un islamiste anglais qui préside l’Islamic Human Rights Commission. Une organisation intégriste connue pour mener la guerre à « l’islamophobie », définie comme une « atteinte aux droits de Dieu » .En 2003, son site attaquait Taslima Nasreen et Salman Rushdie, les désignant comme les plus grands « islamophobes ». Dans un documentaire diffusé sur Channel 4, on peut apercevoir Shadjareh aux côtés d’Omar Bakri, l’un des leaders du « Londonistan », supporteur officiel de Ben Laden, expulsé au lendemain des attentats de Londres. Des fréquentations qui ne l’empêchent pas de noyauter le milieu altermondialiste. Il sera très actif dans l’organisation de plusieurs tables rondes au Forum social européen de Londres, en 2004, où Tariq Ramadan a joué les guest stars.

     Quant à l’auteur du tract regrettant Hitler, il appartient à un centre islamique sud-africain jadis financé par Ben Laden et dirigé par un prédicateur vivement recommandé par le Centre islamique genevois de la famille Ramadan… Le  monde est décidément très petit. À moins que le noyautage de l’antiracisme n’ait rien de tout à fait spontané, et tout d’un boulot soigneusement pensé.

 

L’intox sur Durban 2

 

     À cause de ce putsch extrémiste, plusieurs ONG appellent aujourd’hui au boycott de Durban 2. La plupart sont de bonne foi et légitiment inquiètes. D’autres, proches de l’extrême droite américaine, jouent carrément la carte de la désinformation et voudraient profiter des dérives de Durban 1 pour réclamer la mort des Nations unies (voir encadré). Au risque de raconter tout et n’importe quoi sur Durban 2.

     Ce ne sera pas une grand-messe, comme en Afrique du Sud, mais une simple conférence d’examen, organisée au Conseil des droits de l’Homme à Genève, sans forum des ONG. On peut s’attendre à voir débarquer quelques fidèles de la famille Ramadan, des IBG accréditées par l’Iran (plusieurs ont été croisées en train de repérer les lieux) et sans aucun doute Massoud Shadjareh et ses rabbins alibis. Un joli défilé, qui promet sans doute un peu de sport dans les couloirs (toutefois surveillés par la police de l’ONU), mais rien qui justifie de tout mélanger. Les négociations entre les États et le cirque dans les couloirs.

     C’est là que tout le monde s’y perd. Plusieurs ONG proches de la droite américaine confondent volontiers ce qui est arrivé au forum des ONG en 2001 avec la vraie conférence –celle qui s’est déroulée entre les États- pour discréditer l’ensemble du processus de Durban. Un peu comme si on amalgamait ce qui se dit au G20 avec les tracts circulant lors d’un contre-sommet altermondialiste. Malhonnête. Dans une conférence mondiale, le forum des ONG est un lieu très ouvert, qui accueille presque toutes les organisations accréditées.          En l’occurrence, à Durban, les extrémistes, accrédités en nombre, ont pondu un texte entièrement focalisé sur Israël, décrit comme le nouveau pays de l’apartheid. Fait rare aux Nations unies, ce texte a été rejeté par la Conférence des États  chargée d’adopter la véritable plate-forme de la lutte contre le racisme.

 

Une plate-forme bonne à 90 %

 

     Soyons clairs. Les négociations entre les nations n’avaient rien d’une balade de santé. Les pays de l’organisation de la Conférence islamique, de l’Union africaine et du Mouvement des non-alignés ont voulu focaliser dur les discriminations du passé comme l’esclavage et la colonisation, ainsi que sur le Moyen-Orient, pour faire monter les enchères et détourner le regard des discriminations d’aujourd’hui, en cours dans leurs pays. Comme l’esclavage contemporain, le sort de millions d’intouchables en Inde ou celui des homosexuels –que l’on pend en Iran. À l’époque, les États-Unis et Israël ont claqué la porte. L’Union européenne, présidée par la Belgique, a choisi de rester. En négociant d’arrache-pied, de 9 heures à minuit non-stop, elle est parvenue à sauver en grande partie la plate-forme. L’essentiel comporte des termes très forts, protégeant les victimes de racisme, d’esclavage (y compris contemporain), de persécutions religieuses ou d’antisémitisme. L’Union européenne a même obtenu un paragraphe précisant qu’on ne doit pas oublier la Shoah. Mais en échange elle a dû faire deux concessions majeures.

      La première, c’est qu’Israël est le seul pays cité. Ce qui n’aurait rien d’un drame dans une plate-forme portant sur les conflits territoriaux, voire sur les crimes de guerre, devient absurde dans une plate-forme portant sur le racisme… où aucun pays n’est cité. Pas même ceux menant des politiques de nettoyage ethnique ! En revanche, il est faux de dire que le « langage de haine » contre Israël est resté. Israël est cité lors d’un paragraphe se préoccupant du « sort des Palestiniens vivant sous occupation étrangère ». Mais le nom d’Israël apparaît pour réaffirmer le droit de tous les pays de la région, « y compris Israël », à la sécurité.

      L’autre concession majeure, c’est l’introduction du mot « islamophobie » dans la plate-forme. Un terme confus qui a permis de confondre la lutte contre le racisme avec une lutte destinée à protéger l’islam de toute critique, y compris au Conseil des droits d l’Homme. La publication des douze dessins danois sur Mahomet est clairement visée… En 2008, les pays musulmans ont fait voter une résolution interdisant la « diffamation des religions », notamment grâce au soutien de Cuba et de la Chine. Depuis, ils rêvent d’introduire ce concept dans la plate-forme contre le racisme, censée faire consensus.

     Cela fait quelques bonnes raisons de boycotter. Le Canada et l’Amérique d’Obama ont choisi cette option. Elle permet de mettre la pression. Mais pas de l’emporter. La politique de la chaise vide fait précisément fait précisément partie des erreurs tactiques qui ont permis aux prédateurs des droits de l’Homme de tenir le haut du pavé depuis 2001. Plutôt que de boycotter, l’Union européenne a donc choisi de participer aux négociations préparatoires jusqu’au bout, tout en fixant quelques lignes rouges à ne pas dépasser. Dont la « diffamation des religions », que tous les pays de l’Union s’accordent pour rejeter au nom de liberté d’expression.

     Sa fermeté est en train de payer. En faisant bloc, les pays européens ont obtenu un texte court, qui limite la casse. Pour l’instant, Israël n’est plus cité, la surenchère sur le passé est évitée et le concept de « diffamation des religions » a été retiré. En échange,  l’Union a dû s’engager à ne pas surenchérir de son côté en introduisant de nouveaux termes, notamment contre l’homophobie.

 

Réchauffement climatique annoncé à Genève

 

     Certains trouveront ce marchandage scandaleux. Ce serait pourtant ne rien comprendre à l’état des forces en présence, ni au principe des Nations unies. En 2009, hélas, le fait d’obtenir un texte contre le racisme qui ne soit ni antisémite, ni pensé pour mettre la lutte contre le racisme au service de la lutte contre le blasphème relève déjà du miracle. Si ce texte tient jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au 24 avril, les Nations unies pourront se féliciter d’avoir tourné la page de Durban 1 et de l’après 11 septembre. Si les lignes rouges sont enfoncées, l’Union européenne devra quitter la Conférence. Pour refuser de mettre la lutte contre le racisme au service de la lutte conte la liberté d’expression ou de l’antisémitisme. Ce sera toutefois plus facile à expliquer sur place qu’avant la Conférence, alors que les négociations avançaient.

        Le boycott pur et simple fait surtout le jeu des extrêmes. Qu’ils soient islamistes ou néoconservateurs. Ensemble, ils sont bien décidés à déchirer la Déclaration universelle servant miraculeusement  de langue commune aux Nations unies depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Puisque tous les chefs d’État sont invités, Kadhafi et Ahmadinejad songent à venir tenir le haut du pavé. Et donc de se prendre pour les hérauts de la lutte contre le racisme et la diffamation des religions. Amusant quand on sait le sort réservé aux minorités religieuses (notamment les bahaïs) en Iran et le racisme anti-Noirs qui court en Libye. Si les États-Unis ne boycottaient pas, c’est ce que Barack Obama pourrait venir rappeler à la tribune …


CAROLINE FOUREST ET FIAMMETTA VENNER »

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