Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Nous publions ci-dessous l’éditorial de Noël Mamère paru le 10 févier sur son blog. Il réagit à l’intervention télévisée de Sarkozy et commente l’affaire Kouchner.
« Gagner du temps
Edito du 9 février 2009
Le « one man show » de Nicolas Sarkozy de mercredi dernier n’avait qu’un seul but : gagner du temps. Pour enrayer la montée en puissance du mouvement social et empêcher la fédération des mécontentements. Gagner du temps face à la crise. Devant deux journalistes bienveillants, convoqués à l’Elysée, qui ne contredisaient guère leur interlocuteur, le Président de la République a surtout montré qu’il naviguait à vue, sans projet et sans propositions de rechange par rapport à son orientation de fond : la destruction massive des acquis sociaux, à laquelle il s’applique depuis son arrivée au pouvoir. Voyant que cette politique, au service exclusif des actionnaires et de ses amis du CAC 40, ne fonctionne plus en période de crise, il pratique la fuite en avant pour diviser ses adversaires : après la suppression de la publicité à la télévision publique, c’est maintenant au tour de la taxe professionnelle, sans solution de rechange pour les collectivités territoriales qui vont devoir payer plus en gagnant moins. Il essaie de marginaliser la gauche de gouvernement, que les Français commencent à entendre, en faisant de "Sud" et du "NPA" ses adversaires principaux. Il temporise, en laissant croire qu’il y aurait du "grain à moudre" pour les syndicats avec son agenda social, qui ressemble à un inventaire à la Prévert où figure, excusez du peu, la redistribution des richesses ! Comme si le patronat avait l’intention de discuter sérieusement de la répartition des bénéfices entre le capital et le travail, alors que l’Etat ne lui demande même pas, comme Obama l’a imposé dans son pays, de limiter les rémunérations des dirigeants d’entreprises qu’il subventionne.
De même, dans le domaine de l’écologie, on est pas loin de l’imposture. Alors que rien de significatif n’est proposé dans le plan de relance, concernant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, le chef de l’Etat annonce la construction d’un nouveau réacteur EPR et continue de jouer au VRP d’Areva à l’étranger. Pire, l’environnement est le grand absent des annonces présidentielles sur la politique de l’emploi, en totale contradiction avec les engagements du Grenelle qui permettaient à l’Etat de favoriser des investissements durables et de préparer sérieusement la France à la maîtrise de l’énergie, à la reconversion de secteurs productifs sinistrés, à la relocalisation d’entreprises dans des territoires désertifiés. Cette politique de gribouille, doublée d’une suffisance médiatique et d’une arrogance politique, isole le Président et crée un climat de désarroi dans le pays. D’autant plus qu’il n’y a pas encore d’alternative crédible. A gauche, la division est de plus en plus nette, comme viennent de le montrer les congrès du NPA et du Parti de Gauche, et comme le montrent tous les quatre matins les empoignades de Ségolène et de Martine.
S’il est de bon augure, le rapprochement entre la France et l’Allemagne ne changera pas grand-chose au film. Là encore, Sarkozy cherche à gagner du temps en s’abstenant de choisir entre une coordination des politiques économiques et le « chacun pour soi ». Lui qui a joué au Président de l’Europe durant un semestre, n’a pas fait avancer d’un iota la seule proposition intéressante dans ce domaine : la mise en place d’un gouvernement économique et le lancement d’un plan de relance social et écologique européen. L’Europe est de plus en plus engoncée dans ses petits calculs nationaux et la grève anti-immigrés des ouvriers anglais de l’énergie, n’est que la première expression de la recherche de boucs-émissaires pouvant détourner la colère des chômeurs et des travailleurs pauvres de l’Union européenne. La xénophobie encouragée par la politique des États européens qui ont transformé l’Union en une forteresse, avec des miradors, des camps de rétention et des boat people qui charrient leurs cargaison de morts sur les côtes de Sicile et d’Espagne, ne pouvait que déboucher sur cette grève réclamant des emplois anglais pour les ouvriers anglais : « British jobs for British workers ».
Nous n’en sommes qu’au début de la récession et déjà les relents nationalistes des années trente renaissent sur le fumier des politiques à courte vue. Ceux qui paient la facture de la crise, ceux qui vivent le chômage comme une humiliation, ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois, qu’ils soient des « nationaux » ou des « immigrés », ont pourtant les mêmes intérêts, vivent dans les mêmes quartiers. Mais l’impuissance des politiques, leur soumission aux marchés financiers et les discours démagogiques poussent les premiers à l’affrontement contre les plus fragiles. Ce qui était vrai dans les années trente, peut le redevenir aujourd’hui. Sarkozy, qui a flatté « l’identité nationale » et organisé la chasse aux sans papiers depuis des années, cherche à gagner du temps en attendant que la vague de la crise passe. Ce faisant, à la désespérance il ajoute le poison de la haine. Mais gagner du temps ne peut constituer une politique. Il faudra bien que le pouvoir personnel fasse des choix. Alors que la crise invalide ses contre- réformes, il devra arbitrer entre le bien commun et ses petits arrangements entre amis, avec Bouygues, Bolloré, Lagardère et consorts. La fête du Fouquet’s est finie. Il ne s’agit plus de gagner du temps. Car le temps du libéralisme, de ce modèle injuste et inique est passé. Nous serons là pour le lui rappeler.
Noël Mamère, le 10 février 2009
P.S. 1 : Otan emporte le vent. Sarkozy veut en finir avec le gaullisme. Il signera donc en avril le retour de la France dans l’OTAN. Nous reviendrons sur cette décision et sur ce qu’elle signifie pour notre politique étrangère, de plus en plus à la remorque de celle des Etats - Unis. Notons, cependant, le splendide isolement de l’ancien maire de Neuilly : de Villepin à Bayrou, de Debré à toute la gauche, la classe politique est vent debout contre la réintégration de nos forces dans le commandement militaire intégré. Nous ne voyons pas ce que nous avons à y gagner sur le plan de la construction d’une défense européenne, mais nous savons déjà ce qu’il va nous en coûter en Afghanistan.
P.S. 2 : Le monde selon K. Je n’ai pas encore lu le livre de Pierre Péan. Je n’ai donc pas à juger son contenu. Ce que je sais, c’est qu’entre l’aventure humanitaire des « French Doctors » et les contrats en Birmanie et en Afrique, pour les beaux yeux de dictatures que je n’ai cessé de combattre depuis des lustres, il y a un gouffre. Je ne comprends pas , je le dis à Bernard, cette « consultant attitude » met en péril le bilan de toute une vie, de celui qui fut l’un des modèles des années 70 et 80. Quant à Pierre, je lui dis aussi confraternellement, le qualificatif de "cosmopolite" n’ajoute rien à la charge de la preuve. Je suis, moi aussi, « cosmopolite » et j’en suis fier. »