Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

Publicité

La paix maintenant, entretien avec David Chemla


La Paix maintenant est un mouvement qui existe depuis trente ans. Son objectif est toujours le même : « Convaincre l’opinion publique israélienne de la nécessité de rendre les territoires occupés et de démanteler les colonies pour permettre la création d’un État palestinien viable à côté d’Israël. » La branche française du mouvement appelait dimanche dernier à un rassemblement silencieux devant le Mur pour la paix, à Paris.
Hélène Zanier y a participé avec quelques militants Verts.

Aujourd'hui les « canons » semblent s’être tus à Gaza. Provisoirement ? Pour contribuer à une réflexion constructive (et donc efficace pour trouver des solutions partagées et durables), nous publions l’interview de David Chemla, paru dans Charlie Hebdo de ce mercredi 21 janvier. Nous l’illustrons avec des photos du rassemblement de "La paix maintenant" de dimanche dernier et quelques dessins de Charlie Hebdo.

 

Pierre Mathon

 

Rencontre avec David Chemla, président de « La Paix maintenant en France »

LA PAIX, ET QUE ÇA SAUTE !


« Charlie Hebdo :
Comment se situe La Paix maintenant par rapport à ce qui apparaît comme un consensus israélien concernant les bombardements de Gaza ?

David Chemla :
Les Israéliens avaient, dans leur très grande majorité, appuyé la décision de Sharon de se retirer de Gaza en 2005. La gauche l’avait soutenu, bien qu’elle eût préféré un retrait négocié avec les Palestiniens. Mais, au lieu de se consacrer au développement de ce territoire, le Hamas a choisi de se réarmer et de tirer des roquettes sur les villes du sud d’Israël. L’opinion israélienne, très peu consciente par ailleurs des conditions de vie réelles à Gaza, suite au blocus égyptien et israélien, s’est focalisée sur la situation dans le sud, où, depuis 2005, il y a eu plus de trente morts et où la vie est devenue impossible. De ce fait, quand la trêve n’a pas été reconduite, il y a eu un consensus de la gauche à la droite pour intervenir. Ce consensus a commencé à se fissurer après deux ou trois jours de bombardements, devant le nombre des victimes civiles palestiniennes. Le Meretz et La Paix maintenant, conscients des conséquences de la poursuite de cette guerre sur les populations civiles et du risque de voir une victoire militaire israélienne devenir une défaite politique, ont demandé l’arrêt des bombardements, pour essayer de rétablir une trêve. Cette guerre, de plus, affaiblit la position de Mahmoud Abbas, seul partenaire crédible d’Israël, et risque de renforcer politiquement le Hamas, dont les positions fondamentalistes rendent impossible toute solution de compromis.

« Croire que l’on peut imposer

une solution par la force

est une caractéristique récurrente

de la politique israélienne. »



Pourquoi une majorité de la population soutient-elle encore largement les bombardements ?

Parce qu’elle vit dans le leurre que la force permettra d’éradiquer militairement et politiquement le Hamas. C’est une caractéristique récurrente de la politique israélienne de croire que l’on peut imposer une solution par la force et que, face à une résistance, il suffit de frapper encore plus fort. Nous, dans le camp de la paix, affirmons qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit et qu’une solution de compromis est possible. Tout le monde connaît plus ou moins les paramètres d’un accord. Ils ont été définis au cours de nombreuses négociations, et l’accord virtuel signé à Genève en décembre 2003 par des personnalités non officielles, israéliennes et palestiniennes, a permis de définir un modèle donnant une réponse aux questions les plus complexes du conflit (les réfugiés, les frontières, les colonies, Jérusalem…). Je pense que les dirigeants israéliens actuels, qui, depuis deux ans, mènent des négociations avec l’Autorité palestinienne, connaissent aussi ce qui est possible et acceptable par l’autre.

Qu’est-ce qui bloque alors, si l’essentiel a déjà été négocié ?
La raison principale réside dans la faiblesse des gouvernements. Du côté de l’Autorité palestinienne, elle ne gouverne qu’une partie des territoires. Et c’est d’autant plus difficile en ce moment pour le Fatah de faire accepter des compromis nécessaires à sa population qu’il n’a rien obtenu de tangible depuis le temps qu’il négocie avec Olmert. Du côté israélien, le système politique à la proportionnelle entraîne la multiplication de partis et l’élaboration de coalitions instables. Récemment, la coalition que Livni a tenté de créer, après avoir été élue à la tête de Kadima, s’est rompue sur la question de Jérusalem-Est à cause du parti religieux Shas, ce qui a conduit à l’organisation des futures élections. Le paradoxe est qu’il y a aujourd’hui une majorité d’Israéliens en faveur du retrait des colonies et pour la création d’un État palestinien, et qu’il n’y a pas de majorité politique pour mettre en œuvre cette politique.



« Israéliens et Palestiniens
ne sont pas capables seuls
de trouver une solution. »

Vraiment !
Oui. Il y a trente ans, l’idéologie dominante était celle du Grand Israël. La population pensait naïvement que l’on pouvait faire une occupation « soft »… Évidemment, ce n’était pas possible et les Intifadas l’ont montré. Aujourd’hui, la majorité de la population israélienne sait qu’il faudra quitter la plupart de ces territoires. Vous savez, elle ne vit pas dans ces territoires et ne s’y rend pratiquement jamais. Elle ne veut pas savoir ce qu’il s’y passe. Au fond, le mur qui la protège des attentats lui sert aussi à ne pas voir ce qu’il y a de l’autre côté… Au sein de La Paix maintenant, nous pensons qu’il est encore possible de démanteler ces colonies disséminées en Cisjordanie, préparer le retour des colons et restituer ces territoires. Il y aura un phénomène de rapatriement comme celui des pieds-noirs d’Algérie. Pour les colonies créées à la lisière de Jérusalem, je pense qu’il va falloir trouver une solution basée sur des échanges de territoires sur la base d’un kilomètre pris pour un kilomètre donné par ailleurs, afin de tenir compte de la réalité qui s’est développée depuis quarante ans. À Genève, un tel compromis a été trouvé, certes douloureusement.


Pourquoi ce rassemblement de La Paix maintenant en France, en marge de ceux qui ont déjà eu lieu ?
On ne s’est pas reconnus, ni dans les manifestations du CRIF de soutien inconditionnel à Israël, ni dans les cortèges propalestiniens, où l’on a constaté tant de dérapages antisémites et de complaisant avec le fondamentalisme du Hamas. Le conflit du Moyen-Orient est un conflit qui provoque des phénomènes identificatoires dans les différentes communautés en France, en fonction de leurs attaches respectives. Nous essayons d’avoir une approche rationnelle et non émotionnelle du problème, afin de rompre le processus d’identification. Il faut tout d’abord veiller à ne pas importer le conflit ici. Il ne s’agit pas d’un conflit entre Juifs et Arabes, entre deux civilisations, entre deux religions, mais entre deux nationalismes qui se battent pour une même terre. Nous essayons, dans ce contexte difficile, de conserver le même discours face aux deux communautés, fondé sur la reconnaissance mutuelle et réciproque des droits de chacun. Aujourd’hui, je suis convaincu que les belligérants ne sont pas capables seuls de trouver une solution. Nous demandons donc à la communauté internationale d’intervenir pour imposer une cessez –le-feu, demander à l’Égypte et à Israël de mettre fin au blocus de Gaza, tout en empêchant la contrebande d’armes, enfin, de pousser à une reprise rapide des négociations. Sinon, les événements qui viennent d’avoir lieu se reproduiront dans quelque temps.
Propos recueillis par STEPHANE BOU


.
David Chemla est l’auteur de Bâtisseurs de paix, aux éditions Liana Levi, livre qui recueille une série d’entretiens avec des personnalités israéliennes et palestiniennes, comme David Grossman et Sari Nusseibeh, racontant leur parcours de militants pacifistes.

www.lapaixmaintenant.org »
 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article