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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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Intervention de Martine Billard, député Verte, sur Gaza

 

Voici le texte de l’Intervention de Martine Billard députée Verte de Paris lors du débat à l'Assemblée nationale sur la situation au Proche-orient (mercredi 14 janvier 2009) :


« 
Devant la situation dramatique de la population palestinienne à Gaza faisant face à une des offensives militaires les plus meurtrières de l’armée israélienne, il était urgent que le Parlement débatte de la position de la France. Aussi, le groupe de la gauche démocrate et républicaine se félicite que sa demande ait été acceptée.

Gaza, c’est aujourd’hui un camp d’internement à ciel ouvert, ravagé par le chômage et la pauvreté, coupé du monde par un blocus militaire, pilonné par une des armées les puissantes du monde. 360 kilomètres carrés de superficie, contrôlé pour presque moitié par une armée d’occupation, avec une population d’environ un million et demi de Palestiniens, sans aucune possibilité de fuir l’horreur des bombardements.

Dans un tel cadre de guerre totale, il y a forcément de nombreuses victimes civiles. Comme l'écrit Uri Avnery, écrivain israélien « pour éviter les pertes parmi nos soldats, la doctrine est de tout détruire sur leur passage. Cela signifie le choix conscient d'une sorte de guerre particulièrement cruelle ». L'ONU ajoute que les civils ne sont en sécurité nulle part dans la bande de Gaza

.


Cette nouvelle opération militaire intervient dans un moment de vacance de l’administration américaine. Et l’on peut s’étonner, et s’inquiéter, du silence assourdissant de celui qui sera investi officiellement Président des Etats-Unis ce 20 janvier…En laissant filer le temps, ce qui permet à l’armée israélienne de continuer et intensifier la guerre contre les Palestiniens de Gaza, la nouvelle administration américaine compromet sa crédibilité future à proposer un nouvelle "feuille de route" pour le Proche-Orient.

Cette fois ci, il s’agit pour l’armée israélienne de laver l’affront subi en 2006 au Liban, face au Hezbollah et de démontrer sa capacité à affaiblir durablement le Hamas, qui pour sa part, a un but de guerre très précis : encaisser les coups le plus longtemps possible, pour gagner sur le terrain politique, cette guerre asymétrique qu’il ne peut remporter sur le terrain militaire.



Après trois semaines passées sous les bombes, l’organisation islamiste a malheureusement déjà remporté une victoire politique décisive. Car transformer la vie des Gazaouis en enfer, ne conduit pas la population à se soulever contre le Hamas, mais au contraire à faire bloc derrière lui. Si Israël avait voulu faire la démonstration que l’Autorité Palestinienne n’existe plus politiquement et que la seule autorité crédible est le Hamas, il n’aurait pas procédé autrement.

De quoi la population civile de Gaza est-elle coupable ? D’avoir choisi comme représentation politique le Hamas, lors d'élections démocratiques que l'Union européenne avait encouragées, et dont elle n'a pas reconnu le résultat ? Si les propositions de paix, de négociations portées par l'Autorité palestinienne ou par des représentants israéliens et palestiniens comme l'Appel de Genève de 2004 de messieurs Beilin et Rabbo n'avaient pas été systématiquement écartés par les divers gouvernements israéliens qui se sont succédés, le désespoir n'aurait pas jeté les palestiniens dans les bras du Hamas.

Aussi la responsabilité de l'Europe est réelle dans le manque de soutien déterminé à ces initiatives.

Rappelons aussi que lorsque la médiation des gouvernements arabes avait abouti à un projet de gouvernement d’union nationale palestinienne, Israël, l’administration américaine et l’Union européenne ont refusé cette perspective et ont entériné la partition de fait entre Gaza et la Cisjordanie, renforçant ainsi le sentiment des palestiniens que le Hamas est la seule force sur laquelle ils peuvent compter.

Israël a dialogué et négocié une trêve, en juin dernier, fondée sur deux principes : l’arrêt des tirs de roquettes contre les villes israéliennes et la levée du blocus de Gaza. Comme quoi les gouvernements israéliens ne s'interdisent pas systématiquement de négocier avec le Hamas.

Mais le blocus a été renforcé et Israël a procédé à une intervention le 4 novembre 2008, brisant la trêve jusque-là respectée par le Hamas. Celui-ci a alors repris les tirs de roquettes. Deux mois avant les élections israéliennes, c’était prendre le risque de provoquer une intervention militaire. Il faut dénoncer sans nuances l’attitude du Hamas, approvisionné par l’Iran, et les tirs de roquettes sur le sud d'Israël, mais il n'est pas inutile de rappeler le contexte dans lequel cela se situe...

Ne serait-ce que pour éviter de sombrer dans cette logique qui consiste à ne pas faire de différences de nature entre les protagonistes de ce conflit, tellement nous sommes embrouillées par les postures, le spectre religieux et le poids de l’histoire qui nous tétanise. Dans ce petit espace où deux peuples vivent entremêlés, quelques vérités doivent être rappelées :

Il existe une situation coloniale. Tant qu’Israël ne voudra pas comprendre qu’un Etat démocratique ne peut coloniser un peuple sans que ce peuple ne résiste. Israël a tort de penser que son projet de bantoustans peut se perpétuer et fonctionner. Aujourd'hui la transformation de la Cisjordanie en confettis palestiniens de plus en plus petits, isolés les uns des autres, ne peut qu'entretenir le désespoir d'une population palestinienne qui a l'impression que son espoir de pouvoir vivre un jour ou l'autre, en paix, dans un Etat indépendant, ressemble de plus en plus à une chimère.

Tant qu’un projet viable d’Etat palestinien, avec Jérusalem-Est pour capitale, ne sera pas à son ordre du jour, il n’y aura pas de paix et de sécurité durable pour Israël. A moins de caresser le rêve fou d’évacuer la Cisjordanie de ses habitants et de mettre Gaza sous tutelle égyptienne.

On ne fait la paix qu’avec son ennemi. En son temps, le général de Gaulle a finalement négocié avec le FLN. Israël a construit politiquement le Hamas et liquidé le nationalisme laïc représenté par le Fatah. Il faudra donc qu’il se résolve un jour à dialoguer et à négocier avec le Hamas. Les plus de 900 victimes, dont 275 enfants et les 4000 blessés de cette offensive ne constitueront qu’une nouvelle tâche de sang, après Der Yassin, Sabra et Chatila et Jénine. Ils ne font que renforcer les partisans de la guerre de civilisation, du communautarisme, du racisme et de l’antisémitisme, partout dans le monde.

Le renforcement de l’intégration économique et politique avec Israël, sous le présidence européenne de Nicolas Sarkozy, et ce sans aucune condition, sans aucun engagement sur un règlement politique du conflit et le démantèlement des colonies, a privé l'Europe de capacités à agir en faveur d'un règlement politique du conflit.

Depuis 1948, le monde a été incapable de faire respecter la moindre résolution de l’ONU dans la région.

Les deux peuples doivent maintenant trouver en eux-mêmes la voie de la paix. Ils ne pourront y parvenir que si chacun renonce à ses utopies : celle du Hamas, qui persiste à nier l’existence de l’Etat d’Israël ; celle d’Israël, qui continue la colonisation, envers et contre tout, en misant sur le pourrissement de la situation interne aux Palestiniens et sur l’indifférence des États devant la tuerie.

Toutes les interventions militaires de l'armée israélienne ont été faites au nom de la recherche de la sécurité. La sécurité du peuple israélien n'est toujours pas assurée, et cette offensive, comme les précédentes, est vouée à un nouvel échec politique. Elle ne fera que nourrir un peu plus la haine et le ressentiment.

Le gouvernement israélien est responsable des massacres en cours. Accuser le Hamas de tenir la population civile en otage lorsque celle-ci n'a aucune solution de fuite puisque Israël ne lève pas le blocus n'a pas de sens. Les Palestiniens ont droit, eux aussi, à la sécurité, à la dignité, au respect, et à leur terre.

Nous sommes à la troisième semaine de l’opération « Plomb Durci » et le massacre des Palestiniens à Gaza continue. Plus il y a de morts plus on se sent impuissants, écoeurés, révoltés devant l’ampleur de la tragédie.

Le plus terrible pour l'avenir, c'est que l’agression israélienne est en train de détruire la légitimité de l’Etat d’Israël aux yeux du monde arabe et en premier lieu à ceux du peuple palestinien. Cette légitimité avait été acquise grâce au processus de paix et à la reconnaissance commune de l’OLP et de l’Etat d’Israël. Après Gaza, il faudra reprendre ce travail de Sisyphe, mais il est fort possible que ce soit, cette fois, le Hamas qui devienne pour longtemps le nouvel interlocuteur de l’Etat d’Israël. Triste bilan pour ces pompiers pyromanes !

Pour l’heure, il faut tout faire pour que cesse le carnage. Et pour cela, il faut agir, et contraindre le gouvernement israélien à cesser les opérations militaires. La présidence française a incité le Conseil des ministres de l'Union européenne à prendre en décembre dernier la décision de « rehausser » les accords de coopération avec Israël et ce contre l'avis majoritaire du Parlement européen, donnant ainsi une caution inespérée pour cette intervention à Gaza. Ces accords de coopération doivent être gelés, tant qu’il n’y a pas un engagement ferme en faveur de la paix. Il faut aussi prévoir une force d'interposition des Nations unies.

Je joins ma voix à la demande faite par des personnalités en faveur de l’envoi d’un navire-hôpital de la marine nationale au large de la bande de Gaza pour faire face au désastre humanitaire.

Les graves violations à la quatrième Convention de Genève relative aux crimes de guerre, le refus d’appliquer par le gouvernement israélien et les porte-parole du Hamas a résolution 1860, appelant à un cessez le feu doivent conduire le gouvernement français à saisir, comme le proposent déjà nombre de mes collègues, l’assemblée générale des Nations Unies au regard de la résolution 377, « S’unir pour la paix ». Cette réunion est indispensable dans la mesure où le Conseil de sécurité est divisé sur les moyens à prendre pour rétablir la paix et la sécurité internationale.


C’est parce que nous agissons pour la paix que nous soutenons les pacifistes des deux camps, dont ces Israéliens anti-guerre qui manifestent tous les jours dans les rues de Tel-Aviv pour s’opposer au carnage en cours. C’est en agissant pour la paix et la justice que nous pouvons faire preuve d’autorité contre les débordements de haine et de racisme que cette guerre suscite, notamment sur notre territoire, et que nous condamnons de manière unanime.

Monsieur le ministre, les jours passent. Le nombre de victimes augmente, la France va-t-elle accentuer sa pression sur Israël en s'en donnant les moyens afin d'arrêter cette guerre? »

 

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N
Martine Billard dans son discours,ne fait que s'écouter elle même dans un discours étroit. Je vous remercie de vos réponses bien plus nuancées. Hurler avec les loups! Je me demande toujours pourquoi vouloir se donner une conscience par tant d'effets de manches,de bons sentiments, de distribution de jugements et de stratégie militaires de monopolie dont on a rien a faire. Elle parle du poids de l'histoire alors, sur ce sujet nous n'avons aucune leçon a donner.Je ne dresserais pas la liste de nos crimes tout à fait récents. La violence et la guerre sont révulsantes c'est tout. On est impuissant. M Billard ne fait que juger ceci, cela, le bien, le mal, finalement pour demander un navire hopital. Qu'elle le fasse bravo!!!
Répondre
B
<br /> <br /> Je ne partage pas votre sévérité<br /> sur Martine Billard, mais je vous remercie pour votre contribution au débat.<br /> <br /> <br /> Pierre Mathon<br /> <br /> <br /> <br />
N
A propos de tache de sang qui s'ajoute à celle qui se déroule aujourd'hui:A Sabra et Chatila se sont les milices chrétiennes qui ont massacré les palestiniens!!!!!!<br /> Marre des amalgames
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B
<br /> <br /> Il<br /> faudrait évoquer aussi « septembre noir » (le plus grand massacre de Palestiniens) où en 1970 l’armée jordanienne a massacré des milliers de Palestiniens. Mais aucun massacre ne<br /> justifie  aucun autre.. Il faut rompre la spirale de la violence.<br /> <br /> <br /> Pierre Mathon<br /> <br /> <br /> <br />
N
Qui d'autre bloque les civils sous les bombes!
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B
<br /> <br /> Vous avez bien entendu parfaitement<br /> raison de rappeler l’horreur des bombardements par l’armée israélienne que subit la population palestinienne de Gaza.<br /> <br /> <br /> <br />
N
Les Israeliens ont-ils fermés la frontière de Gaza avec l'Egypte?
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B
<br /> <br /> Nous ne<br /> sommes ni spécialistes, ni sur place.<br /> <br /> <br /> Voici<br /> quelques articles qui peuvent nous aider (et vous aider) à comprendre la situation à la frontière entre l’Egypte et Gaza.<br /> <br /> <br /> <br /> «Publié<br /> le 17/01/2009 09:00 | LaDepeche.fr<br /> <br /> <br /> <br /> Gaza : la guerre «en phase finale»<br /> <br /> <br /> <br /> Hier, les tractations diplomatiques prenaient le pas sur les combats.<br /> <br /> <br /> <br /> Les<br /> tractations diplomatiques prenaient le pas, hier, sur les affrontements, au 21e jour de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza.<br /> <br /> <br /> <br /> Toutefois, l'état hébreu restait ferme sur deux points cruciaux du plan de cessez-le-feu avancé par le Hamas. En position de force, il pouvait tenir la dragée haute au mouvement islamiste<br /> palestinien demandeur d'une trêve d'un an renouvelable. Les pourparlers achoppaient notamment sur le contrôle de la très poreuse frontière Gaza-égypte qu'Israël veut rendre hermétique aux armes<br /> acheminées en contrebande.<br /> <br /> <br /> <br /> à cet égard, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a signé hier un accord à Washington avec son homologue US Condoleezza Rice (lire ci-dessous).<br /> <br /> <br /> <br /> De son côté, le général Gilad, directeur des affaires politiques au ministère de la Défense, était reparti pour Le Caire, intermédiaire avec le Hamas. Le cabinet israélien devait voter<br /> aujourd'hui, au vu des résultats de ces discussions, sur un cessez-le-feu après lequel Tsahal resterait néanmoins sur place.<br /> <br /> <br /> <br /> En tournée au Proche-Orient, le secrétaire général de l'Onu l'espérait pour « les prochains jours ».<br /> <br /> <br /> <br /> L'état des lieux sur le terrain (les Israéliens ont globalement atteint leurs objectifs et le Hamas est à genoux) et le calendrier international (investiture imminente d'Obama aux USA),<br /> rapprochent à l'évidence cette échéance.<br /> <br /> <br /> <br /> « Nous espérons entrer dans la phase finale », déclarait laconiquement Mark Regev, porte-parole du Premier ministre israélien.<br /> <br /> <br /> <br /> Selon Tsahal, 5 roquettes se sont encore abattues en territoire israélien à partir de Gaza, les bombardements de l'aviation israélienne faisant 14 morts côté palestinien.<br /> <br /> <br /> <br /> Profitant de la « pause humanitaire » quotidienne, les secouristes palestiniens ont récupéré hier les corps de 23 victimes des combats acharnés de la veille au cœur même de Gaza-City.<br /> <br /> <br /> <br /> Depuis le 27 décembre, 1 154 Palestiniens (dont plus de 700 civils) ont été tués et 5 160 blessés. Dix ont encore trouvé la mort hier dans le bombardement d'une maison où s'étaient rassemblés des<br /> membres d'une famille en deuil. J.S.<br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> Cette frontière par où entrent les armes<br /> <br /> <br /> <br /> Les USA et Israël sont parvenus hier à un scénario destiné à garantir à l'état hébreu que les militants du Hamas ne pourraient pas profiter d'un éventuel cessez-le-feu dans la Bande de Gaza pour<br /> se réarmer. C'était le principal enjeu d'une rencontre entre la chef de la diplomatie israélienne Tzipi Livni et son homologue américaine Condoleezza Rice. Washington et Tel Aviv ont élaboré des<br /> mesures pour tarir la contrebande d'armes, dont beaucoup passent par les centaines de tunnels creusés sous la frontière égyptienne. Les USA et Israël renforceront la coopération entre leurs<br /> services de renseignement et Washington fournira une aide à l'état hébreu pour surveiller la frontière et la rendre absolument étanche en dressant un mur bourré de dispositifs électroniques<br /> sophistiqués.<br /> <br /> <br /> <br /> Rice laissait entendre hier que les modalités de cet accord constituaient une « composante capitale d'une cessation des hostilités ». Israël voulait des assurances absolues pour rouvrir les<br /> points de passage avec la Bande de Gaza.<br /> <br /> <br /> <br /> La question n'est pas moins difficile pour les frères ennemis palestiniens.<br /> <br /> <br /> <br /> Ainsi, des responsables du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas délogé par la force de Gaza par le Hamas en juin 2007, et des commentateurs proches de l'Autorité palestinienne accusent le<br /> mouvement islamiste de chercher à tirer politiquement profit de la guerre sans se soucier finalement du nombre croissant de morts qu'elle engendre.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour eux, le Hamas fait traîner l'offensive en multipliant les « réserves » et les « remarques » sur l'initiative égyptienne de cessez-le-feu dans le but d'obtenir dans le cadre d'un éventuel<br /> accord une présence au terminal frontalier de Rafah entre Gaza et l'égypte et, du même coup, une certaine légitimité de son pouvoir à Gaza, non reconnu par la communauté internationale.<br /> <br /> <br /> <br /> Israël exige la présence de forces de l'Autorité palestinienne, rivale du Hamas, au point de passage de Rafah avec l'égypte. »<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> « La<br /> frontière de Rafah, clef d'un arrêt des combats<br /> <br /> <br /> <br /> LE MONDE | 15.01.09<br /> <br /> <br /> RAFAH<br /> (Egypte) ENVOYÉE SPÉCIALE<br /> <br /> <br /> <br /> Depuis<br /> cinq jours, les bombes s'abattent à nouveau sur le no man's land qui sépare la ville de Rafah, divisée entre l'Egypte et la bande de Gaza. Comme aux premiers jours de l'offensive, mais cette fois<br /> avec une violence croissante.<br /> <br /> <br /> <br /> "La nuit dernière, elles explosaient tous les cent ou deux cents mètres, là en face, le long de la frontière, pour détruire les tunnels creusés en dessous",<br /> dit <br /> Fawaz Madi.<br /> Il montre, du haut de sa maison située côté égyptien, d'étranges installations de l'autre côté de la trouée frontalière, large ici de 500 mètres : des dizaines de bâches blanches<br /> semi-cylindriques sont toujours alignées, au vingtième jour de l'offensive, dans la bande de terrains vagues créée, le long de cette frontière, par la destruction de dizaines de maisons<br /> palestiniennes par Israël avant qu'il n'évacue Gaza en 2005.<br /> <br /> <br /> <br /> "Ces tentes servent d'entrepôts aux marchandises amenées d'Egypte par les tunnels qui débouchent dans chacune d'elles, et il y en avait bien plus avant",<br /> explique Fawaz. Fuel, générateurs, bougies, oranges, oignons ou boîtes de lait pour enfants - tous les besoins quotidiens des habitants de Gaza, mis en quarantaine depuis le coup de force du<br /> Hamas en juin 2007, passaient par ces tunnels. Leurs sorties, clandestines quand les tunnels alimentaient en armes les Palestiniens contre Israël, sont apparues au grand jour avec l'arrivée au<br /> pouvoir du Hamas.<br /> <br /> <br /> <br /> Leurs sorties côté égyptien restent cachées, mais Fawaz en montre une ancienne, camouflée sous des branchages dans le verger qui s'étend de sa maison au petit mur frontalier qui court dans la<br /> trouée : c'est dans ce tunnel que son fils aîné Nidal, âgé de 20 ans, a trouvé la mort il y a trois mois.<br /> <br /> <br /> <br /> Sa mère raconte : "Il a reçu un coup de fil d'en face, disant que trois Palestiniens y étaient descendus depuis deux heures et n'étaient toujours pas remontés. Nidal n'a pas hésité à<br /> descendre les chercher. Puis tous les quatre y ont été retrouvés morts, empoisonnés au gaz. Les Egyptiens en avaient introduit dans un tunnel voisin, mais qui communiquait avec d'autres, dont<br /> celui-ci, et les gaz s'y sont répandus." "Nous ne savions pas qu'il s'occupait du tunnel", croit-elle bon d'ajouter, en assurant qu'aucune arme n'y transitait. Car sous pression<br /> israélienne et américaine, l'Egypte réprime, parfois férocement, propriétaires et usagers des tunnels, unis des deux côtés de la frontière par des liens familiaux. Israël assure que le Hamas<br /> obtient ses roquettes à longue portée par ces tunnels. L'Egypte proclame qu'elles viennent par la mer, mais n'en pourchasse pas moins les "trafiquants".<br /> <br /> <br /> <br /> Le principal négociateur militaire israélien avec Le Caire, <br /> Amos Gilad,<br /> a d'ailleurs déclaré que "les magnifiques services secrets égyptiens" sont capables d'éradiquer les centaines de tunnels existants et que "nul ne peut faire jeu égal avec eux"<br /> pour cela - surtout pas la force internationale évoquée par certains. Mais l'armée israélienne n'en intensifie pas moins ses raids, assurant qu'elle en a détruit à ce jour "60 % à 70 %"<br /> du total.<br /> <br /> <br /> <br /> Les ondes de choc de ces bombes ont soufflé les fenêtres de la maison de Fawaz, comme de toutes celles qui bordent la frontière côté égyptien. "Ici, il y a déjà une dizaine de blessés, alors<br /> vous imaginez là-bas !", dit Fawaz.<br /> <br /> <br /> <br /> "Là-bas", une nouvelle nuit d'horreur commence. De la terrasse de Fawaz, on voit encore quelques lumières briller aux fenêtres des maisons palestiniennes - c'est l'Egypte qui fournit<br /> l'électricité. Un avion les survole, lâche une bombe. Bruit fracassant, la terrasse tremble. En face, le ciel s'embrase. Peu après, on entend une sirène d'ambulance. Puis, dans le silence<br /> retombé, un appel à la prière s'élève d'un minaret, suivi, très distinctement, de voix d'hommes qui prient... Alors que les mosquées continuent à être prises comme cibles.<br /> <br /> <br /> <br /> Car les raids visent aussi en profondeur ces quartiers palestiniens frontaliers, apparemment pour élargir encore le corridor, et des milliers de personnes les ont déjà fuis. Mais les lumières aux<br /> fenêtres ? "Il y a toujours des malheureux qui n'ont pas où aller, et aussi ceux qui refusent de le faire", dit Fawaz.<br /> <br /> <br /> <br /> Une autre bombe explose au loin, du côté de l'aéroport palestinien désaffecté de Rafah occupé par des chars qui se mettent à tirer. "Ils éliminent ainsi les mines avant que les chars<br /> n'avancent. Ils veulent peut-être progresser vers ici. Mais s'ils le font, ça leur coûtera cher, le Hamas les attend dans les débris des maisons qu'ils ont démolies en face", pense<br /> Fawaz.<br /> <br /> <br /> <br /> La reconquête du corridor de Rafah serait l'un des scénarios prônés par certains militaires israéliens pour permettre aux troupes au sol de détruire les tunnels ayant échappé aux bombes, voire<br /> installer les moyens de prévenir qu'il n'en soit creusé de nouveaux. Mais pour l'instant, Israël réclame, avec la fin des tirs de roquettes, des garanties internationales pour un mécanisme<br /> mettant fin au flux d'armes par la frontière égyptienne.<br /> <br /> <br /> <br /> L'Egypte, pour sa part, refuse tout nouveau contingent international sur son sol, alors qu'elle-même n'a droit, en vertu des accords de paix avec Israël, qu'à 750 soldats le long du mur et des<br /> barbelés qui courent dans le corridor. Elle a, par contre, amené en renfort dans le Sinaï des milliers de policiers, craignant que les Gazaouis ne forcent la frontière pour fuir les bombes<br /> israéliennes, comme ils l'avaient déjà fait en janvier 2008 pour s'approvisionner. Le Caire garde donc le passage frontalier de Rafah fermé, sauf pour les blessés palestiniens, les médecins et<br /> les médicaments. Sans trop se soucier des appels de ses opposants, dans le monde arabe et en Egypte même, à ouvrir largement ce passage.<br /> <br /> <br /> <br /> Car laisser la population martyre de Gaza se réfugier dans le Sinaï est refusé non seulement par Le Caire, qui craint d'y voir fleurir un nouveau "Hamastan", mais aussi par le Hamas lui-même, et<br /> tous ceux qui refusent ce que cela signifierait : une nouvelle victoire israélienne.<br /> <br /> <br /> <br /> Sophie Shihab »<br /> <br /> <br /> <br />