Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

Rachida Dati a « compris » avec un retard regrettable que le jugement de Lille sur l’annulation d’un mariage fondé sur la virginité de l’épouse ne pouvait être considéré comme conforme à l’esprit de la loi républicaine. C’est une bonne chose. Il ne sert à rien de l’accabler plus longtemps. En effet, son absence de lucidité lors de sa première réaction est certainement due à un réflexe lié à une expérience personnelle extrêmement douloureuse, surdéterminante pour elle et donc quasiment indépassable : le mariage arrangé dont elle a été la victime. Informée du devenir de la jeune femme http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/06/03/01016-20080603ARTFIG00004-mariage-annule-l-epouse-a-cede-aux-pressions.php, de son désir de tourner la page de cette désastreuse expérience, sa propre blessure l’a conduite à entrer en empathie avec cette victime qui lui ressemble. Ce confusionnisme l’a rendue incapable de concilier son souci de garantir un avenir serein à cette personne et sa responsabilité de Ministre de la justice de la France.
(Caroline Fourest, que j’ai interrogée sur le devenir de cette jeune femme depuis cette affaire (son mariage date de juillet 2006 !) me confirme qu’elle se sent libérée par cette séparation, mais que ses relations avec sa famille restent tendues.)
Revenons sur le fond. Les condamnations sont venues de toute part. Féministes, médecins, politiques, tous ont jugé «choquante» la décision du tribunal de Lille d’annuler un mariage au motif que l’épouse avait menti sur sa virginité.
Les seules vraies « fausses notes » ont été le fait de quelques « fondamentalistes » qui adhèrent au contrôle des femmes, qui ne sont pas « fondamentalement » attachés à la démocratie et hurlent au racisme, à « l’islamophobie ». Or, il s’agit exactement du contraire. Car le raciste considère « l’autre » comme inférieur et incapable de jouir des mêmes droits et des mêmes libertés que lui-même. Comme le rappelle Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, la décision de Lille démontre surtout «la difficulté de considérer les musulmans comme des citoyens comme les autres». «Imagine-t-on ce type de décision avec une épouse chrétienne ? Pourtant la virginité des femmes est une valeur commune à la Bible et au Coran. Autre question : imagine-t-on ce type de décision pour l’époux ?»
Autrement dit, le tribunal de Lille a rendu une décision « raciste », fondée sur le relativisme culturel.
A Bagnolet, comme dans le tout le pays, l’émotion est grande. Nous constatons avec satisfaction que Marc Everbecq a pris une position très claire dans le sens de la condamnation de cette décision reprenant même, par l’intermédiaire d’un commentaire dans son blog l’article de Caroline Fourest (Prochoix) qui j’avais publié dans ce présent blog http://www.everbecq.com/article-20042001.html .
Cette affaire dépasse également la cause féministe.
Je remercie Odile et Jean-Paul Novel qui, à la suite de la discussion que nous avions eue dimanche au repas de quartier de la Dhuys, m’ont fait parvenir la chronique d’Alain-Gérard Slama de lundi 2 juin http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/02/01005-20080602ARTFIG00520-le-jugement-de-lille-et-le-divorce-francais.php qui nous donne un éclairage particulièrement pertinent : « C’est dire que l’affaire de Lille appelle une indignation qui dépasse de très loin les intérêts de la cause féministe. Elle est une étape de plus dans le long processus, qui ronge insidieusement la société tout entière. Ce moment à fort contenu médiatique et émotionnel est une des pointes qui émergent, par rares intervalles, d’in iceberg au déplacement lent, massif et silencieux. Sous la vague qui sera sans doute vite oubliée, c’est l’ébranlement de l’universalisme républicain qui se poursuit, de façon implacable (…) La voûte qui se fissure est l’article 1er de notre Constitution, selon lequel la République assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Cette égalité est la condition même du respect de « toutes les croyances ». Or, respecter n’est pas nécessairement faire droit. La tolérance est au fondement du principe de laïcité, elle est à la fois son but et sa raison d’être. Plus les juges font droit aux croyances qui remettent en cause ce principe, plus ils développent les conditions de l’intolérance. »
Je pense également que c’est le plus important à retenir. Le temps est revenu de se mobiliser pour défendre les libertés fondamentales, les droits universels humanistes si chèrement arrachés par nos aînéEs, mais jamais définitivement acquis.