Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Voici l’éditorial du député Vert Noël Mamère, publié sur son blog le 12 janvier 2009 :
« Sparte
Nous rentrons dans la troisième semaine de l’opération « Plomb Durci » et le massacre des Palestiniens à Gaza continue. Plus il y a de morts plus on se sent impuissants, écœurés, révoltés devant l’ampleur de la tragédie. Nous étions des centaines et des centaines de milliers samedi dans 80 villes de France et dans le monde entier, à exiger le cessez-le-feu immédiat, la levée du blocus, le retrait des troupes israéliennes et surtout, surtout, surtout l’arrêt des bombardements de la population civile de Gaza. Et pourtant, sourds aux appels de toutes les institutions internationales de la Croix Rouge à l’ONU, rien n’y fait, les crimes de guerre continuent. Peut-on comprendre cette logique ? Politiquement, nous avons montré la semaine dernière le lien indissoluble entre l’occupation et la logique de guerre à outrance. Israël est devenu victime de son statut d’Etat en guerre permanent contre ses voisins et est en train de créer les conditions de sa perte si elle ne réagit pas. La guerre asymétrique ne profite jamais aux Etats dominants. Or, Israël s’est fondu dans ce moule d’Etat militaire qui ne voit son salut que dans l’utilisation de la force pure. Pour saisir cette évolution, je voudrais employer ici une métaphore qui échappe à la logique proche-orientale empêtrée dans la guerre de religions et de civilisations.
Dans l’Antiquité existait une cité grecque, Sparte, qui domina en partie la Grèce pendant des siècles, toujours en guerre contre les autres cités. Sparte était composée de trois catégories de populations, une oligarchie, les Egaux, composée de citoyens-soldats, plutôt démocratiques, vivants du revenu de leur terre. La véritable occupation des Egaux est la défense de la patrie et son expansion dans le Péloponnèse. Ils sont disciplinés, entraînés aux armes et leurs colonnes d’Hoplites imposent leur loi à toute la région où ils sont redoutés pour leur organisation sans faille.
Une deuxième catégorie, les Périèques sont des hommes libres qui cultivent les terres moins fertiles, sont artisans ou commerçants mais en dehors de l’administration de leurs villages n’ont aucun droit politique et ne sont pas intégrés dans l’armée.
Enfin, la troisième catégorie, les hilotes, sont des serfs attachés à la terre occupée par les Egaux. Non seulement ils n’ont aucun droit mais ils sont massacrés dans des expéditions secrètes, les crypties, qui servent à endurcir les jeunes gens. La Messénie voisine devient ainsi un territoire occupée par Sparte jusqu’au IVéme siècle avant Jésus-Christ et ses habitants soumis comme hilotes.
Sommes-nous en train de revivre ce scénario d’une hiérarchie sociale fondée sur l’expansionnisme et le contrôle de la terre par un corps de citoyens-soldats ? J’ai tendance à le penser quand je vois les terribles images qui viennent de Gaza au compte-goutte puisque du côté d’Israël une censure militaire empêche les journalistes d’entrer dans la ville écrasée sous les bombes. Les périèques ressemblent aux 20% d’arabes israéliens qui n’ont pas le droit de faire l’armée, qui sont suspects et relégués au point que Tzipi Livni se demandent s’ils ne pourraient pas à l’avenir devenir des citoyens d’un hypothétique Etat palestinien, c’est-à-dire expulsés de l’Etat d’Israël où ils sont déjà des citoyens de seconde zone, discriminés. Quant aux hilotes, ce sont les habitants de Cisjordanie, de Gaza ou des camps de réfugiés du Liban, de Jordanie ou de Syrie.
Né de l’aspiration nationale du peuple juif à avoir une terre sur le modèle de l’Etat nation et de l’Holocauste, l’Etat d’Israël, depuis sa fondation en 1948 mais surtout depuis 1967, date de l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, s’est transformé. Il est devenu une république militaire où, si la démocratie politique est réelle pour les citoyens-soldats, elle est restreinte pour tous les autres qui subissent la ségrégation spatiale, sociale, économique et militaire, autrement dit un apartheid qui ne dit pas son nom. Plus le temps passe, plus la contradiction s’approfondit car malgré le droit au retour pour les juifs du monde entier, le peuple palestinien sera bientôt majoritaire. Cette contradiction engendre une mentalité de forteresse assiégée et une incapacité à enrayer le processus colonial. Le nombre de colons est ainsi passé de 200 à 400 000 personnes en Cisjordanie depuis les accords d’Oslo, surtout depuis l’assassinat de Rabin. Après cet assassinat, les accords ont été systématiquement violés et une surenchère sécuritaire s’est emparée de la classe politique israélienne toute entière, aidée par les attentas suicides du Hamas.
Ce qui mina Sparte, ce fut son refus d’adapter ses structures. La diminution des citoyens de plein droit se conjugua avec le ralentissement de la natalité pour restreindre le nombre de citoyens soldats. Son impérialisme engendra son immobilisme par le refus de se remettre en cause, arguant de la menace qui pesait sur elle. De même Israël, en refusant de remettre en cause la logique de l’Etat colonial, introduit un véritable Cheval de Troie. Elle ne pourra pas gérer longtemps de manière ségrégationniste une population plus nombreuse qu’elle sur le même espace. Les inégalités en résultant biseront de l’intérieur un Etat ne trouvant sa fuite en avant que dans des opérations « Plomb Durci » de plus en plus violentes. La haine appelant la haine, les extrémistes des deux camps se trouveront sans cesse renforcés dans leur détermination. Briser ce cercle vicieux exigerait plus que des Agamemnon bas de gamme qui gouvernent Israël actuellement. Ce qui est le plus terrible dans la situation actuelle, c’est que l’agression israélienne est en train de détruire la légitimité de l’Etat d’Israël aux yeux du monde arabe et en premier lieu à ceux du peuple palestinien. Cette légitimité avait été acquise grâce au processus de paix et à la reconnaissance commune de l’OLP et de l’Etat d’Israël. Après Gaza, il faudra reprendre ce travail de Sisyphe, mais il est fort possible que ce soit, cette fois, le Hamas qui devienne pour longtemps le nouvel interlocuteur de l’Etat d’Israël. Triste bilan pour ces pompiers pyromanes !
Pour l’heure, il faut tout faire pour que cesse le carnage. En ce sens, je salue la délégation de 9 députés européens dont faisait partie la présidente de la sous-commission des droits de l’homme du Parlement Européen, ma camarade Hélène Flautre. Elle a réussi dimanche à s’introduire par l’Egypte dans Gaza et peut témoigner de visu des « dégâts collatéraux » qui ont déjà tué plus de 900 victimes, dont 275 enfants et fait plus de 4000 blessés. Ces 9 là sauvent l’honneur d’une Europe qui, en prenant il y a quelques semaines la décision de renforcer les accords de coopération avec Israël, lui a donné une caution inespérée pour mener sa sale guerre contre Gaza. Je salue également le courage des israéliens anti-guerre, ces pacifistes qui manifestent tous les jours dans les rues de Tel-Aviv pour s’opposer au carnage en cours. Ils sont l’honneur d’Israël. Ils défendent, eux, et à long terme les intérêts de l’Etat d’Israël, de sa sécurité. Ils sont la conscience d’Israël, celle qui empêchera celui-ci de sombrer dans la honte et d’empêcher qu’il connaisse le sort de Sparte. La ville ne fut pas détruite. Pire, elle sombra dans un lent déclin.
Noël Mamère, Le 12 janvier 2009
P.S. 1 : Sarkozy a donc annoncé la fin du juge d’instruction. La mise sous tutelle de la magistrature se précise. Nous y reviendrons plus longuement car cette contre-réforme, si elle allait à son terme, créerait de facto une impunité sans précédent pour les politiciens et les affairistes en cour dans les allées du pouvoir. Elle ne garantirait en rien la protection des justiciables. Comme d’habitude, Sarkozy, prenant prétexte d’Outreau, mitonne une nouvelle architecture judiciaire au service de son clan.
P.S. 2 : Sarkozy, encore et toujours. Le superman de Neuilly étant revenu bredouille de ses tribulations au Proche Orient, vient d’inventer les vœux délocalisés. Il y en a pour tout le monde : professions de la santé, de la justice, de l’éducation, de l’industrie. Ce nouveau festival itinérant de janvier sert toujours la même soupe à la grimace. Premier temps : Je compatis à vos problèmes, à vos souffrances. Je vous aime ; c’est donc la preuve que j’ai changé. Deuxième temps : Les caisses sont vides, donc vous devez changer vous-mêmes en vous adaptant à la crise, en faisant ce que je ne fais pas pour moi-même : vous restreindre et fermez votre gueule. Comme toujours avec Sarkozy, c’est simple et il suffisait d’y penser. Les vœux compassionnels à répétition permettent d’occuper tout le mois de janvier. Celui de février permettra de commenter le remaniement déjà annoncé par touches successives. Tant qu’on peut parler de soi pour faire oublier la crise.... »