Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Pour lancer le débat sur la laïcité, Bagnolet en Vert publie (en plusieurs articles) « Le Manifeste Transculturel
Diffusé pour la première fois fin août 2006, aux Journées d’Eté des Verts à Coutances dans la Manche, le Manifeste Transculturel est un document cadre, rédigé par l’association LEA (Laïcité Ecologie Association) qui regroupe des écologistes laïques qui pensent que la laïcité doit être défendue.
(photo : le tee shirt de LEA avec une citation de Salman Rushdie)
Nous en publions ici l’introduction et le premier chapitre, intitulé : « la laïcité un principe de vivre ensemble ».
« Certains pensent que l’Humanité est constituée d’une juxtaposition de groupes humains porté chacun par une Culture...
Au contraire, nous pensons que chaque être humain est unique et porte en lui une part des cultures du Monde
Le Manifeste Transculturel
Notre société va mal. A la précarité sociale, aux violences faites aux femmes, au recul des services publics, s’ajoute pour une grande partie de la population une discrimination permanente à l’embauche, au logement, accompagnée d’actes quotidiens de racisme et d’antisémitisme. Le recul des politiques publiques a laissé le champ libre aux régressions, aux atteintes à l’égalité, au mépris des fondements mêmes des principes républicains.
Des organisations instrumentalisent ce sentiment d’abandon d’une partie de la population pour conduire certains à se construire de nouvelles identités, non pas avec, mais contre le reste de la population. A défaut d’être reconnu « comme les autres », la tentation d’être reconnu « à côté » joue comme autant de rupture au principe d’égalité sans répondre sur le fond à la question des discriminations. En filigrane, la volonté de remettre en cause près de deux siècles de combats laïques et pour les droits humains, de nier l’universalisme et l’apport des Lumières est clairement mise en œuvre.
D’autres organisations, en miroir, utilisent la peur inspirée par ce repli communautaire pour attiser les haines, le racisme et « la guerre des civilisations ».
La réponse républicaine est en panne. Après la faillite des systèmes planifiés, le libéralisme économique s’accommode très bien d’un fonctionnement fractionné de la société, où chacun gère lui-même ses problèmes sociaux, sans recours à l’Etat.
La tradition jacobine, réductrice des langues et cultures régionales, n’offre pas d’alternative à des populations qui ne se reconnaissent pas toujours dans la culture englobante.
La route est étroite mais nous n’avons pas le choix : promouvoir un modèle laïque - basé sur la liberté de conscience, un modèle républicain - assurant l’égalité des droits pour toutes et tous et proclamant l’universalité des droits humains, un modèle culturel recherchant à tous les niveaux la diversité, créant du lien, des échanges et de l’intelligence tout en favorisant le développement humain.
Ce modèle, nous l’appelons le transculturalisme.
1 La laïcité : un principe de « vivre ensemble »
Pourquoi nous battons-nous pour la laïcité ? Ne serait-il pas mieux de reconnaître chaque église, chaque obédience, chaque culte, lui donner une place officielle dans l’espace public, et organiser la cohabitation pacifique entre eux ?
L’idée laïque découle de trois droits humains fondamentaux :
la liberté de conscience
la souveraineté du peuple
l’égalité en droits
Ainsi, chaque être humain a le droit de dire et de penser ce qu’il veut, du moment qu’il n’enfreint pas les lois décidées souverainement par le peuple.
Ainsi distingue-t-on le monde des idées, idéologies et croyances, où règne la liberté de conscience, du monde des actions des hommes, où s’applique la loi.
Chaque être humain se fait une représentation symbolique du monde qui lui est propre : croyant, athée, agnostique... il est libre de penser et de s’associer avec d’autres personnes qui, sur ce sujet, ont les mêmes convictions. L’état n’a aucun contrôle à avoir sur la spiritualité de ces associations, et celles-ci n’ont aucun pouvoir temporel à attendre de l’Etat. C’est la loi de séparation.
Donner un statut aux cultes est contraire au principe d’égalité. Seuls les cultes dominants et structurés auront un statut. Les citoyens qui n’adhèrent à aucun culte, ou ceux d’obédiences minoritaires ne seront jamais représentés, ne serait-ce que par la diversité de leurs opinions.
Qu’est-ce que « donner un statut aux cultes » en France aujourd’hui ? C’est notamment, les organiser en « instances représentatives » afin, nous dit-on, d’avoir un « interlocuteur ». Mais qu’est-ce donc que cet interlocuteur qui prétend représenter des citoyens sur la base de leur croyance religieuse au détriment de leur existence sociale ? D’où lui vient sa légitimité ?
Autant il est normal qu’une association cultuelle s’exprime, comme tout autre, dans l’espace public, autant il est anormal qu’elle soit associée à un processus de pouvoir quel qu’il soit. Nous retrouvons des religieux, désignés en tant que tels, dans les comités d’éthique. Pourquoi sont-ils là ? Qui a dit que les croyants étaient plus éthiques que les non-croyants ? Pourquoi les aumôniers des principales religions sont agréés ou nommés par l’Etat dans les prisons ou aux armées ? Et pourquoi seulement pour 4 ou 5 cultes ? N’y aurait-il pas un droit universel pour chacun d’avoir un entretien privé avec qui il veut ? Un athée n’aurait-il pas ce droit ? Sous le couvert de bonnes intentions, le principe d’égalité n’en est que plus bafoué.
La religion ou l’absence de religion est une affaire personnelle, privée. Elle s’exprime comme toute autre activité dans la sphère publique. Elle ne peut en aucun cas prétendre à un statut particulier lui venant de l’Etat.
Il en découle bien évidemment que la critique des dogmes religieux est tout à fait possible, que ce soit à travers des mots, des chants, des cris ou des dessins ; qu’une différence est à faire entre cela et l’expression d’une haine contre toute une population dont on suppose l’appartenance à une religion ; que dans ce cas il s’agit de racisme pur et simple et qu’il y a alors nécessité de s’en remettre aux tribunaux. »
Prochaine publication du Manifeste Transculturel demain jeudi 30 :
« Chapitre 2 L’universalisme : une appropriation « transnationale » issue des peuples »
A suivre …