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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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La première crise socio-écologique du capitalisme


Voici une interview d'Alain Lipietz sur la crise actuelle, la première crise socio-écologique du capitalisme

 

Trois questions à Alain Lipietz, député européen.

 

Cette crise financière que nous traversons, de quoi est-elle faite ?

Alain Lipietz : Nous sommes confrontés au même type de crise qu’en 1929 (une crise sociale d’inégalité entre riches et pauvres) mais financièrement mondialisée et doublée d’une grave crise environnementale.

La crise de 29 est née du fait que l’on travaillait avec des machines de plus en plus performantes mais que les salaires ne bougeaient pas. Le pouvoir d’achat ne suivait pas la production et les riches ne savaient plus où investir. C’est l’absence de redistribution qui conduisit à la crise. C’est pire en ce moment à l’échelle de la planète tout entière : les travailleurs asiatiques travaillent sur des machines du XXIe siècle avec des salaires du XIXème. En outre la finance s’est mondialisée et "titrisée", on revend des reconnaissances de dettes sans savoir sur quoi elles portent. C’est comme le sang contaminé : tous les Français qui ont une assurance-vie possèdent un milliardième de la maison hypothéquée d’une mère célibataire de l’Ohio. À cette crise mondiale qui jette les plus pauvres à la rue s’ajoute la crise environnementale : des millions d’êtres humains meurent de faim car les produits alimentaires et l’énergie viennent à manquer.

Les 700 milliards de dollars vont-ils tout arranger ?

Alain Lipietz : Les leçons de la crise de 29 ont été apprises. Bush ne refait pas les erreurs de Hoover avant lui. Pour racheter les dettes pourries et éviter l’effondrement général, le Trésor américain ne lève pas d’impôt, il compte sur la création monétaire. Cela peut créer de l’inflation et faire baisser le pouvoir d’achat des Américains mais ce n’est pas sûr. De toute façon ce n’est pas "la" solution, c’est le Samu qui injecte du sérum à un blessé, ça ne le guérit pas. Il faut inventer un nouveau modèle de développement. Redistribuer massivement les richesses mais pas en vendant des voitures comme l’a fait Ford dans les années 1930. Aujourd’hui, il faut fournir aux gens des appartements bien isolés, peu consommateurs d’énergie, et des transports en commun.

Qui va faire ça ?

Alain Lipietz : On peut le faire au niveau local, c’est efficace. Les Plans de déplacement urbains, les subventions distribuées par les régions pour l’isolation des habitations et les capteurs solaires vont dans le bon sens. On ne va pas attendre la fin du sarkozysme pour faire quelque chose. Il y a aussi le niveau européen. J’ai été rapporteur sur les règles prudentielles appliquées aux conglomérats financiers et nous avons choisi une voie radicalement différente de celle suivie pas les Etats-Unis. L’Europe a imposé aux banques d’avoir des fonds propres importants et cela nous donne quelques garanties.

Il faut également avancer très vite sur des accords internationaux type post-Kyoto. Nous devons entamer des négociations collectives à l’échelle mondiale pour diminuer les écarts de salaires d’un pays à l’autre, harmoniser les conditions de production, limiter l’empreinte écologique des plus riches… On peut commencer par l’Europe, seul bloc politique transnational en formation.

Car il faut commencer tout de suite.

Propos à paraître dans VERT, recueilli par Luc Blanchard, le 29 septembre 2008

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