Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
En effet, c’est la question d’actualité la plus brûlante. On connaissait l’achat d’arbitres, les drogues, l’entraînement intensif du mental, des muscles, les stages commando, …
On sait aujourd'hui que les Chinois sélectionnent leurs futurs sportifs de haut niveau dès l’âge de trois ans et les entraînent 12 heures par jour dès six ans. On avait connu le dopage généralisé en feue la RDA qui allait jusqu’à mettre enceinte ses nageuses et ses autres athlètes afin de bénéficier du dopage hormonal « naturel » du début de grossesse. On découvre, avec ces JO 2008, un degré d’aboutissement inégalé : la "fabrication scientifique" de champions : le cas Yao Ming.
Voici l’article de LUC RICHARD qui nous éclaire :
PROGRÈS GLOBAL CHINE
Frankenstein fait du basket
Comment être sûr de gagner des médailles d’or à la tonne ?
Le gouvernement chinois a trouvé la solution : fabriquer des sportifs sur mesure.
Yao Ming : même ceux qui n’ont jamais entendu le nom de ce basketteur chinois l’ont déjà au moins une fois en photo. Avec ses 2,29 m pour 140 kg, il ne passe pas inaperçu. (Il est en réalité porteur d’une anomalie génétique : le gigantisme pituitaire – la glande pituitaire ou hypophyse régule la croissance.) Pour beaucoup de Chinois, il incarne la réussite à l’américaine – il est l’un des joueurs phares de la NBA, le championnat professionnel américain de basket-ball, et le sportif le plus célèbre en Asie. Mais Yao Ming est aussi le fruit de l’eugénisme à la chinoise. Une expérience menée il y vingt-huit ans et qui trouve son aboutissement aujourd’hui avec sa participation aux Jeux Olympiques de Pékin.
Parce qu’elle était grande, sa mère, Fang Fengdi, avait été forcée par le Parti à devenir joueuse de basket. « J’étais juste une fille qui aimait chanter et danser. Je n’aimais pas du tout le basket », raconte-t-elle. Mais elle mesurait 1,88 m. Les autorités ne lui pas laissé le choix. En 1976, elle est capitaine de l’équipe de basket, qui remporte le championnat d’Asie. Plus tard, elle se retire, parce que les douleurs dans son dos, provoquées par les entraînements intensifs ; sont insupportables.

L’eugénisme marque un panier.
Le Parti lui confie alors une dernière mission : enfanter un champion – cela se faisait déjà sous Mao. Pour cela, on lui trouve le géniteur idéal : Yao Zhiyuan, 2,08 m de haut et joueur de basket lui aussi. Avant la rencontre, organisée par l’encadrement sportif, ils ne se connaissaient pas. Tout juste se croisaient-ils dans le club o* ils jouaient, à Shanghai.
Yao Ming est donc le fruit d’une décision politique, « scientifique » et eugénique. À sa naissance, le 12 septembre 1980, il pèse 5 kg. Taille : 58 cm. « Cela fait trois générations que nous attendions la naissance de Yao Ming ! » dit sans gêne Wang Chongquan, son entraîneur dans les années 1990.
Quand il commence à s’entraîner au basket, à l’âge de 8 ans, Yao Ming mesure déjà 1,70 m. À l’époque, il rêve de devenir archéologue et déteste le sport. Pas étonnant avec les entraînements à outrance auxquels il est astreint. « Mais je me suis résigné par respect pour mes parents », explique-t-il aujourd’hui.
A l’adolescence – 2,08 m à 13 ans -, Yao montre des signes de faiblesse. Qu’à cela ne tienne, les médecins sportifs le bourrent de vitamines, de décoctions d’herbes façon médecine chinoise ou de cordyceps, une racine fortifiante ramenée à prix d’or du Tibet. Rétabli, il recommence à progresser. À 17 ans, il fait son entrée aux Shanghai Sharks, en première division chinoise. Un an plus tard, il est repéré par la NBA. Les autorités chinoises négocient directement son fransfert pour le championnat américain : une fois aux États-Unis, Yao Ming devra remettre une partie de son salaire à la Fédération chinoise de basket-ball et à son ancien club. Recruté par les Houston Rockets, il ne tarde pas à briller au firmament du sport-spectacle américain. Le Parti communiste chinois voit d’un très bon œil cette percée américaine dont il perçoit le bénéfice qu’il peut en tirer. En 2005, il lui décerne le titre de laodong mafan « travailleur modèle » .
Le Comité international olympique (CIO) reste silencieux sur les cas d’athlètes comme Yao Ming. Il ne faut pas aller chercher loin pour en comprendre les raisons. « Les Jeux olympiques de Pékin s’annoncent comme le plus gros succès commercial du XXIe siècle », s’est félicité Gerhard Heilberg, directeur du marketing du CIO… Au tournant des années 1980- 1990, après avoir failli disparaître, les Jeux olympiques se sont transformés en une énorme pompe à fric, notamment grâce aux sponsors et au négoce des droits de retransmission audiovisuelles – 4 milliards de téléspectateurs regarderont les JO.
Olympisme de laboratoire
Depuis 2003, Yao Ming est sous contrat avec Reebok, filiale d’Adidas, qui l’a arraché à Nike, leader dur le marché chinois. Le sportif le plus célèbre d’Asie est désormais la locomotive destinée à gaver de publicité le consommateur chinois –dont le « temps de cerveau disponible » est estimé plus important que celui de l’Occidental. Par ailleurs, la marque allemande aurait dépensé plus de 100 millions de dollars pour devenir l’équipementier officiel des JO, dont elle est déjà un important sponsor.
Et puis, en cette époque de dopage massif et d’obsession de la performance, l’idéal olympique, c’est un peu dépassé. Avec ses sportifs-éprouvettes, la Chine n’est au fond rien d’autre que le laboratoire du sport de demain…