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Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.

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Irradiation des aliments, une situation scandaleuse

radioactif.jpgDossier par le Collectif français contre l'irradiation des aliments [1] Novembre 2007
Tandis  que  le  nombre  d'installations  d'irradiation  dans le monde s'accroît et que le volume d'aliments irradiés commercialisés dans les pays  de  l'Union européenne est inconnu - a fortiori en France – nous sommes  inquiets de l'inefficacité de la réglementation européenne, et du  manque de contrôles - notamment en France. Pourtant, nous manquons de  données  sur  les  risques  pour  la  santé liés à la consommation d'aliments irradiés.     

L'usage  de  l'irradiation  se  développe  à travers le monde (et très vraisemblablement  le commerce international de produits irradiés). On assiste  à  une  véritable  explosion  du  nombre  des  installations d'irradiation  dans les pays à fort développement. La Chine est passée de  7 unités d'irradiation en 2003 à 50 en 2006, l'Inde a programmé 25 nouvelles   installations  d'ici  2012,  et  le  Mexique  prévoit  de construire   la   plus   grande  unité  d'irradiation  du  monde.  La mondialisation des échanges, et de surcroît des produits agricoles, va aujourd'hui de pair avec cette technologie.       

Une  soixantaine  de  pays  dans  le  monde autorise l'irradiation des aliments  et plus de trente pays la pratiquent, dont certains pour une vaste  palette de produits : en Afrique du Sud, au Brésil et au Ghana, pratiquement  tous  les  aliments peuvent être irradiés ; en Chine, en Croatie, en Russie, en Turquie, en Ukraine, aux Etats-Unis, une grande variété  d'aliments,  dont  certaines  viandes, peut être irradiée ; à Cuba,  en  Inde,  au  Mexique,  de  nombreuses  viandes  peuvent  être irradiées [2].       
Mais  nul  ne  sait  quels  volumes  de produits irradiés entrent dans l'Union européenne.

Nous  avons  lu  avec attention le dernier document de l'AFSSA [3] qui conclut  : « l'examen de la littérature scientifique récente n'apporte pas  d'éléments nouveaux qui permettraient, sous l'angle toxicologique notamment,  de  remettre  en  question les conclusions des évaluations conduites jusqu'à présent concluant à la sécurité des aliments traités par  ionisation  ».  Cependant,  nous  avons dû constater un manque de rigueur, étonnant pour une agence de sécurité sanitaire, dans le choix et  l'analyse  des  sources bibliographiques. Nous avons procédé à une lecture critique de cette revue.       

On  ne  peut  conclure  que  la  sécurité  des  aliments  traités  par ionisation est assurée. En effet, les risques pour la santé (pertes de vitamines,  risques  de  cancérogenèse  et  de  mutagénèse  liés  à la production  de substances néoformées dans les aliments irradiés) n'ont pas encore été sérieusement étudiés, les rares recherches sur ce sujet n'étant  pas prises en compte ou discréditées. Selon la revue médicale indépendante  Prescrire,  qui fait pourtant état des avis positifs des commissions  scientifiques et des organisations internationales, « des inconnues  subsistent sur les effets à long terme d'une consommation à grande échelle d'aliments irradiés » [4].        

C'est  pourquoi  nous  sommes  particulièrement  inquiets  du  peu  de contrôles  réalisés  en France au stade de la commercialisation : 0 en 2003,  60 en 2004, 86 en 2005, 105 en 2006 [5], tandis que l'Allemagne par  exemple  procède  à environ 4000 contrôles chaque année. Bien que ces  échantillons  ne  soient  pas  représentatifs, il est alertant de constater une hausse constante de produits commercialisés illégalement (irradiés  mais  non  autorisés  ou non  étiquetés)  dans notre pays, jusqu'à 7% en 2005 et 10% en 2006.      

Il  faut  aussi  prendre en compte que les contrôles effectués par les Etats   membres   sont   très   insuffisants.   Les   pays  disposant d'installations  d'irradiation  ne communiquent pas tous leurs données sur  les  doses  d'irradiation  (Pays  Bas) ou avec des valeurs qui ne correspondent   pas   à   la   réglementation  (Belgique),  voire  ne communiquent  aucune  information  sur  les  volumes  et catégories de produits  traités  (Espagne,  Italie).  Les  contrôles  au stade de la commercialisation  sont incohérents, disparates, variant d'une année à
l'autre  et  d'un  pays  à  l'autre,  et sans règles communes. Il n'en demeure  pas  moins  que  le  taux  de  fraudes  constatées  augmente constamment  de  façon  générale  :  de  1,4% en 2001 à 4% en 2005 des échantillons  testés  en  moyenne  - pour l'ensemble des 16 pays ayant transmis  plus  ou  moins  d'informations.  Du fait de la porosité des frontières, on ne peut que s'inquiéter de cet état de fait.            

A   ces   risques   pour   la   santé   s'ajoutent  les  conséquences socio-économiques  et  environnementales  de la prolifération de cette technologie : pour l'emploi et l'économie locale par la délocalisation des  productions  ; les risques liés au fonctionnement d'installations et  au transport de matières nucléaires, et aux modes de production et de   distribution   industriels   de  masse  (pollutions,  changement climatique, atteinte aux milieux naturels et à la biodiversité).     

Lors  de  sa  conférence  de  presse  à  Paris  le 21 novembre 2007, à l'occasion  de  la  Semaine  internationale  contre  l'irradiation des aliments,  le  Collectif  français contre l'irradiation des aliments a lancé  sa nouvelle campagne et présenté l'évolution de la situation en France  et  dans le monde, avec l'appui de scientifiques mobilisés sur ces questions.

Selon  Paul Lannoye, docteur ès sciences et député européen honoraire, «   La   réglementation   européenne   -   restrictive   malgré   les recommandations  du Codex Alimentarius, référence pour l'OMC [6] – est aujourd'hui  inefficace,  grâce à l'impunité de certains Etats membres qui  ne  respectent  pas  leurs engagements, tolérée par la Commission européenne.  La mobilisation de la société civile est essentielle pour faire pression sur les institutions et les gouvernements. »     

irradiation-de-aliments.jpgRoland  Desbordes,  physicien et président de la CRIIRAD [7] a rappelé l'accord  scandaleux liant l'OMS [8] à l'AIEA [9], accord qui la prive de  son  indépendance  sur  les effets sanitaires des usages civils de l'énergie  nucléaire.  Concernant  l'irradiation  des  aliments,  il a déclaré  :  «   Aucune  méthode  de contrôle ne répond simplement à la question « Ce produit est-il ou non irradié ? » ni ne permet d'obtenir des  informations  essentielles (date et dosage de l'irradiation). Les institutions autorisent une pratique sans avoir les outils de contrôle adéquats pour en maîtriser l'usage. »       

Pour   François   Dufour,   paysan   et  ancien  porte-parole  de  la Confédération  paysanne,  «  Les  enjeux de l'irradiation des aliments sont  au moins équivalents à ceux des OGM car ces technologies servent avant  tout  les intérêts des multinationales de l'agroalimentaire qui ont  la  mainmise  sur  la  production et la distribution des produits agricoles.  Il  est  absolument  essentiel  de  revoir  les  modes  de production  et  les  politiques  agricoles  au  vu  des  conséquences sanitaires  et  environnementales,  mais  aussi pour le maintien d'une agriculture  paysanne et pour garantir la souveraineté alimentaire des peuples. »        

Christian   Rémésy,  nutritionniste  et  directeur  de  recherche  au CRNH/INRA [10] de Clermont-Ferrand, a déclaré : « Nous avons besoin de considérant  en priorité la qualité nutritionnelle des produits et les régimes  alimentaires,  et  en évitant les « calories vides ». Il faut donner  de  nouvelles  règles  à  l'industrie  agro-alimentaire  pour améliorer  la  densité  nutritionnelle  des produits . Dautre part, il faudrait  en  priorité  organiser  la  production  et  la distribution alimentaires à l'échelon régional »       

Pour  Wenonah  Hauter,  directrice  de  Food  and  Water  Watch  (ONG nord-américaine issue de Public Citizen et mobilisée depuis plus de 30 ans  dans la lutte contre l'irradiation des aliments) «  L'agriculture industrielle  privilégie  la production et les profits au détriment de la  réglementation  et  de  la  protection sanitaire. En augmentant la durée  de  vie  des aliments, l'irradiation des aliments encourage les producteurs  à  produire  dans  des pays où la main d'oeuvre est moins chère  et  la réglementation sanitaire moins rigoureuse. Plutôt que de traiter   l'alimentation   avec   une   technologie  discutable,  les entreprises   et   les   gouvernements   devraient   s'assurer   que l'alimentation est saine du début à la fin du processus de production.»          

Véronique  Gallais,  présidente  d'Action  Consommation, a présenté la lecture critique par le Collectif contre l'irradiation des aliments du dernier rapport de l'AFSSA [11] sur l'irradiation des aliments. Elle a déclaré  :  «  Cette  revue  bibliographique,  dont  les  sources sont sélectives,  adopte une approche hygiéniste du risque sanitaire, comme tous  les  rapports  officiels internationaux, européens et nationaux. Elle  ne  tient pas compte - ou très insuffisamment - des risques pour la  santé  humaines  liés  à la consommation d'aliments inertes, ayant perdu  des  vitamines  et  susceptibles  d'être  à  l'origine  ou  de contribuer  à  l'émergence  de  cancers ou de mutations génétiques. Au lieu  d'analyser  les  causes  de  l'augmentation  des  pathogènes – y compris  dans  les  pays  occidentaux malgré des politiques de plus en plus  hygiénistes - on formule des normes calibrées sur les besoins de production  et de commercialisation industrielles et on joue la course en     avant    technologique    (irradiation,    nanotechnologies, bioinformatique,  ...).  Cela  se  fait  au  détriment de la santé des consommateurs, de l'environnement et des productions de proximité. »               

Compte-tenu  de l'inefficacité avérée de la réglementation européenne, de  l'absence  de maîtrise des quantités effectivement commercialisées dans  les  Etats  membres  (notamment en France, où les contrôles sont presque inexistants) alors que le nombre d'installations d'irradiation dans  le  monde s'accroît, du manque de certitudes sur l'innocuité des aliments irradiés et des risques socio-économiques et environnementaux liés  à  un  usage  important  de  cette technologie, les associations membres  du  Collectif  français  contre  l'irradiation  des  aliments demandent au gouvernement français :       
-  Des  contrôles  significatifs par la DGCCRF [12] à l'importation et à   la   commercialisation,  et  l'application  de  sanctions  sévères aux  industriels en cas de fraude ;
-  La  modification  de  la liste des aliments autorisés en France, de telle façon que celle-ci se conforme à la liste de l'Union européenne;
-   L'attribution  de  fonds  pour  une  recherche,  indépendante  et transparente,  sur  les  effets  pour  la  santé  de  la  consommation d'aliments irradiés. 

Aux  parlementaires  français,  elles demandent la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur les fraudes. A la DGCCRF, elles adressent  une  série de questions qui ne trouvent pas de réponse dans les textes et rapports officiels.

Avec  d'autres  associations de l'Union européenne, elles interpellent la Commission européenne et demandent :
-         Des  contrôles  significatifs  par  les  différents pays de l'Union Européenne,  que  des règles et obligations de contrôle et déclaration soient établies, et que des sanctions soient prises à l'égard des pays ne respectant pas leurs obligations communautaires ;  
- La mise en place d'enquêtes sur les fraudes ;
-  L'harmonisation  de  la  liste  des  aliments  autorisés au sein de l'Union  européenne,  par  la suppression des dérogations actuelles et l'application  de  la  liste  positive  actuelle  (herbes  aromatiques séchées, épices et condiments végétaux) à tous les Etats membres ;  
-   L'attribution  de  fonds  pour  une  recherche,  indépendante  et transparente,  sur  les  effets  à  long  terme  pour  la  santé de la consommation d'aliments irradiés. 

Les  citoyens  et  consommateurs peuvent aussi se mobiliser en restant vigilants  lors  de  leurs  achats  et  en  posant  des  questions aux commerçants, aux producteurs, aux restaurateurs.

Ils  peuvent aussi soutenir l'action des associations en participant à la  cyberaction  menée avec
Cyber@cteurs à l'attention du gouvernement et écrire au député de leur circonspection. 

L'action de tous et de chacun-e est essentielle !
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[1] Les membres du Collectif Français contre l'Irradiation des Aliments : Action  Consommation  -  Adéquations - Agir Pour l'Environnement – Les Amis  de  la  Terre  -  Association  Léo  Lagrange pour la Défense des Consommateurs - Association pour l'Information sur la Dénaturation des Aliments  et  de  la  Santé  (AIDAS)  -  ATTAC  - Biocoop – Collectifs Bure-Stop  -  Confédération  Paysanne  -  CRiiRAD  - Ecoforum - Ekwo - Fédération Nature et Progrès - Food and Water Watch Europe – Mouvement pour  les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) – RECit (Réseau des écoles de citoyens) - Réseau Sortir du Nucléaire      
-         [2] « Irradier nos aliments ? non merci », Maria Denil - Paul Lannoye, mars  2005  (réédition  par  FUGEA  asbl, GRAPPE asbl, Public Citizen, Réseau Sortir du Nucléaire)
[3]  « Revue des données récentes relatives à l'ionisation des denrées destinées à l'alimentation humaine »
[4]  «  L'irradiation des aliments. Deuxième partie : L'évaluation des bénéfices  et  des risques de l'irradiation des aliments. » ; La Revue Prescrire Juillet-Août 2006, Tome 26, N°274. 
[5]  Selon les rapports annuels de la Commission sur le traitement des denrées  alimentaires  par  ionisation  et  le document « Contrôle des denrées  alimentaires susceptibles d'être décontaminées par traitement ionisant », DGCCRF, 28.03.2007  
[6] Organisation mondiale du commerce
[7]  Centre  de  recherche  et  d'information  indépendantes  sur  la radioactivité
[8] Organisation mondiale de la santé
[9] Agence internationale de l'énergie atomique
[10]  Centre  de recherche en nutrition humaine / Institut national de la recherche agronomique
[11] Agence française de sécurité sanitaire des aliments
[12] Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
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En savoir plus sur la campagne
http://www.actionconsommation.org/publication/spip.php?action=redirect&id_article=816
Agir par la consommation
http://www.actionconsommation.org/publication/spip.php?action=redirect&id_article=549
Le site du Collectif français contre l'irradiation des aliments
http://www.irradiation-aliments.org/
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