Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
La conférence de Cancun sur le climat s’est terminée sur un accord. Pour mieux comprendre, nous publions un article du Monde et un autre de Médiapart.
Bonne lecture.
Pierre Mathon
Le Monde :
« Climat : accord international à Cancun
LEMONDE.FR | 11.12.10 |
Les 200 pays rassemblés sous l'égide de l'ONU à Cancun ont adopté, samedi 11 novembre, un texte déclinant une série de mécanismes pour lutter contre le changement climatique, qui prévoit notamment la création d'un Fonds vert pour aider les pays en développement. Cet accord, salué par l'écrasante majorité des délégations, intervient après douze jours de négociations et débloque en partie une situation qui n'avait guère évolué depuis le fiasco de la conférence de Copenhague, il y a près d'un an.
Une des principales avancées prévue par l'accord de Cancun est la création d'un Fonds vert qui permettra aux pays en développement de s'adapter au changement climatique. Cette proposition, soutenue par le Mexique, hôte de la conférence, doit également favoriser la protection des forêts tropicales et les partage des technologies propres comme le solaire ou l'éolien. Placé sous l'égide temporaire de la Banque mondiale, cet organisme distribuera une partie de l'argent promis par les pays développés dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, à savoir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Les nombreuses interrogations sur la façon dont ce fond sera alimenté restent cependant sans réponse.
L'accord de Cancun "ouvre une nouvelle ère pour la coopération internationale sur le changement climatique", a déclaré la ministre des affaires étrangères mexicaine, Patricia Espinosa, copieusement applaudie par les délégués présents en séance plénière. "Vous avez restauré la confiance de la communauté internationale dans le multilatéralisme", lui a lancé le ministre de l'environnement indien, Jairam Ramesh. Pour la ministre française de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, "on sauve de la faillite le système multilatéral de négociations sur le changement climatique".
STATU QUO SUR KYOTO
En contrepartie de ces avancées, les pays présents à Cancun se sont résolus à maintenir le statu quo sur le protocole de Kyoto, seul texte juridiquement contraignant sur le climat existant à ce jour. Selon les termes de l'accord, les signataires s'accordent pour repousser à 2011 les négociations sur l'avenir du protocole, sans prendre d'engagement de le prolonger au-delà de son terme. Sa première phase d'engagements expire en 2012, et de nombreux pays ont prévenu qu'ils ne prolongeraient pas le protocole, exigeant un nouveau traité incluant les autres pays émetteurs de gaz à effet de serre, à commencer par les Etats-Unis, la Chine et l'Inde.
A Cancun, l'accord a été adopté en dépit de l'opposition de la Bolivie, seul pays à s'être prononcé contre le texte. Le négociateur bolivien Pablo Solon a regretté que la règle du consensus, jusqu'ici respectée, ait été bafouée, qualifiant la situation de "précédent funeste". "La règle du consensus ne signifie pas l'unanimité, ni qu'une délégation puisse prétendre imposer un droit de veto sur une volonté qui avec tant de travail a été accomplie", a répondu Mme Espinosa. "Il y aura probablement une note de bas de page disant que la Bolivie l'a contesté", a résumé Jake Schmidt, de l'ONG Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC). »
MÉDIAPART :
« Climat : et soudain, un accord à Cancún
C'est en pleine nuit mexicaine que les représentants de près de 200 pays ont adopté deux textes qui jettent les bases d'un nouveau cycle pour la dplomatie du climat. Récit et analyse.
Un accord à Cancún! C'est en pleine nuit mexicaine que les représentants de près de 200 pays ont adopté deux textes (des groupes de travail sur le protocole de Kyoto, voir ici, et sur la convention sur le climat, voir ici) qui jettent les bases d'un nouveau cycle pour la diplomatie du climat. Cet «accord de Cancún», inespéré au vu de la montée des tensions entre les divers protagonistes tout au long des douze jours du sommet onusien, ne contient rien en soi d'historique: aucun des désaccords qui déchirent la communauté internationale depuis le fiasco de Copenhague de décembre 2009 n'y est résolu. Mais il parvient avec une grande habileté à créer un cadre commun d'action à peu près consensuel puisque seule la Bolivie, par la voix de son flamboyant représentant Pablo Solon, s'y est opposée.
Sur le devenir du protocole de Kyoto, principal sujet de discorde entre pays industrialisés et en développement, l'accord de Cancún ne se prononce pas... directement. Il ne demande pas aux pays riches de prolonger après 2012 – date d'expiration de l'actuelle période d'engagement de l'accord international adopté au Japon en 1997 – leur obligation de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans choisir eux-mêmes l'ampleur de l'effort à fournir. L'accord de Cancún entérine ainsi le tournant qu'avait amorcé l'accord de Copenhague: désormais, les pays riches choisissent eux-mêmes leurs objectifs de diminution de rejets de CO2. Auparavant, ils devaient se soumettre à des contraintes imposées par l'ONU. C'est ce système que le Japon et la Russie ont vigoureusement rejeté ces derniers jours. Les documents adoptés ouvrent aussi la voie à la contribution des grands émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) à l'effort collectif puisqu'il y est écrit que les pays en développement devront eux aussi diminuer leurs rejets de dioxyde de carbone.
Mais la formulation du texte est maligne. Et comme l'a souligné le président mexicain, Felipe Calderon, venu au milieu de la nuit dans l'enceinte onusienne pour saluer la conclusion du nouvel accord: rien n'empêche, dans les deux textes adoptés, que le protocole de Kyoto continue. Il n'y est pas formellement mis fin. Mais rien non plus ne dit qu'il se prolongera. Dans les faits, chacun sait aujourd'hui qu'il n'existera pas de deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto. Seule l'Union européenne (avec des conditions), la Grande-Bretagne et la France en ont officiellement accepté le principe. Quant aux objectifs de baisse des émissions de carbone que les pays riches vont proposer, ils devront être discutés en 2011. Un plafond chiffré est posé: ils devront réduire de 25 à 40% leurs rejets de CO2, par rapport à 1990, dans les dix ans qui viennent.
Nouveau leadership du Sud
Mais le texte du groupe de travail de la convention met néanmoins sous pression les pays développés, en insistant à plusieurs reprises sur la nécessité de réviser ces objectifs à la hausse pour qu'ils restent conformes à la science. Là encore, la formulation est habile: nombreux sont aujourd'hui les rapports d'experts, à commencer par ceux de l'ONU (voir ici), qui s'inquiètent du décalage béant entre le niveau d'effort indispensable pour maintenir la hausse des températures mondiales sous 2 °C, et la réalité des politiques engagées par les Etats.
L'accord de Cancún ne se contente pas de répéter celui de Copenhague. Il y ajoute la création d'un «fonds vert» destiné à organiser l'aide des Etats riches vers les pauvres pour s'adapter aux effets du changement climatique, se développer en émettant le moins possible de CO2, et réduire les émissions mondiales. C'est une avancée, de même que l'esquisse de sa gouvernance: à parité entre pays industrialisés et en développement. La Banque mondiale en sera l'animatrice, mais uniquement de façon provisoire. C'était un sujet de clivage entre les uns et les autres. Autres progrès: sur les transferts de technologies, et l'amorce de dispositifs de lutte contre la déforestation, première cause mondiale d'émissions de carbone. C'est l'un des rares volets de la négociation climatique qui semble avoir réellement progressé ces dernières années.
L'annonce de l'acceptation des deux textes composant l'accord de Cancún à la quasi-unanimité a valu à la ministre mexicaine des affaires étrangères, Patricia Espinosa, des torrents d'applaudissements et une standing ovation. Le Mexique a réussi ce que le Danemark avait totalement raté l'année dernière. Ce succès entérine le rôle croissant des grands pays émergents dans l'arène diplomatique. Ce que n'a pas manqué de noter publiquement Dessima Williams, ambassadrice charismatique des Barbades et représentante des petits Etats insulaires: «C'est une nouvelle ère de leadership pour le Sud.»
Seuls les Boliviens se sont opposés à l'accord, empruntant des accents tragiques: «c'est un jour funeste», «un attentat». Mais la présidence mexicaine n'a rien voulu concéder au pays andin: «Le consensus n'est pas l'unanimité», «ni un droit de veto»: «le texte reste approuvé», «la décision de la conférence est prise». Les Etats-Unis se sont réjouis du dénouement. Ainsi que le ministre de l'environnement indien, Jairam Ramesh: «Vous avez restauré la confiance de la communauté internationale dans le multilatéralisme.»
C'est au nom d'une double urgence, maintes fois invoquée par les Etats, que le 16e sommet de l'ONU sur le climat est parvenu à cet accord réel mais a minima: l'impérieuse nécessité de sauver le multilatéralisme, et l'indispensable réaction aux manifestations déjà visibles du changement climatique. Ce qui fait dire au Réseau action climat, regroupement d'ONG écologistes françaises: «L'ONU retrouve des couleurs, mais le climat devra attendre.»
Prochaine échéance: le sommet de Durban, en Afrique du Sud, fin 2011.
Jade Lindgaard le 11 décembre 2010 »