Ce blog de Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet est à votre disposition pour vous informer quotidiennement de l'écologie politique et du travail de Pierre MATHON et d'Hélène ZANIER et de leurs amis.
Vicié au départ, le débat engagé par Sarkozy-Besson sur l'identité nationale fait courir tous les risques pour la démocratie, la laïcité et le vivre ensemble.
Il « tourne aigre ».
Non seulement nous refusons le calamiteux et dérapant débat sur l’identité nationale, mais on voudrait en plus nous entrainer « dans la question super-piégée de la cohabitation de la France chrétienne et musulmane ».
Pour l’éditorialiste de Charlie Hebdo, la messe n’est pas dite.
Il pousse un cri salutaire : « ENFIN LES ATHÉES DANS LE DÉBAT NATIONAL ! »
Voici, lu dans CHARLIE HEBDO du 16 décembre 2009,
l’édito (à Charlie, on dit « l’apéro ») de Bernard Maris : utile et pertinent.
Pierre Mathon
« Et si l’on pouvait instiller du racisme à dose homéopathique, contrôlée ? Un petit peu de racisme, pour cueillir quelques voix extrémistes, mais pas trop, juste ce qu’il faut pour ne pas faire tourner la sauce. C’était l’option Sarko-Besson. Malheureusement, la sauce a viré aigre : identité nationale, immigration, racisme, islam. Yazid Sebag, commissaire à la Diversité et à l’égalité des chances, l’a compris. Dans le JDD, il remarque que le débat sur l’identité nationale sent la poubelle mal fermée et est devenu « un déversoir et un défouloir ». Bien, Yazid, bien. Et il ajoute, hélas : « Peut-on être musulman dans ce pays ? ». Et cette question est gravissime.

Car aussitôt Yazid Sebag demande à la France « d’accepter qu’elle est aussi un pays musulman ». Et de poursuivre sur le refus d’une loi sur la burqa, et le regret à peine dissimulé de la loi sur le voile. Notre commissaire de se couvrir aussitôt et de cirer les pompes de son président, on ne démissionne pas quand on est employé de Sarko, car on n’est rien. Mais il n’a pas tort : dans son article sur l’identité nationale publié dans Le Monde, Nicolas Sarkozy démarre bille en tête sur la question des minarets en Suisse. Le sujet de l’identité nationale, c’est bien la foi. « Homme de foi, quelle que soit sa foi, chacun doit se garder de toute provocation. » Bref, la question c’est le « défi » que lanceraient des musulmans à la France chrétienne et républicaine. Et bien, messieurs, la messe est dite.

On s’en fout, de la religion. Non seulement on ne voulait pas se faire piéger dans le débat scandaleux sur l’identité nationale, mais on veut encore moins entrer dans la question super-piégée de la cohabitation de la France chrétienne et musulmane. Il n’y a pas de France « chrétienne », « juive », « musulmane » et « bouddhiste ». Et parpaillote. La question des minarets ? Dans la mesure où des religieux ne hurleraient pas les heures de la prière comme tantôt les cloches sonnaient matines, vêpres et complies, et dans la mesure où ils s’intégreraient esthétiquement dans le paysage, pourquoi pas ? À côté de Notre-Dame par exemple. Après tout, Sainte-Sophie et ses quatre minarets sont une réussite esthétique, et la mosquée de Cordoue transformée en cathédrale aussi. Que les Navajos aient le droit de tourner en chantant (discrètement) autour de leur totem ? Mais, très bien, très bien ! Qu’on mette aussi un totem à côté du nouveau minaret de Notre-Dame. Qu’on laisse les gens à leurs confesseurs, leurs tireuses de cartes, leur coach ou leur psy. Mais qu’on sorte la religion des têtes ! Et le braillard des minarets, dans les pays musulmans, est là pour clouer la religion dans les têtes.
Petite remarque laïque au passage : la grande révolution démocratique des pays d’Occident fut la laïcisation du temps. L’apparition du temps aux beffrois, la grande horloge et le temps visible par tous les citoyens. Le retard musulman sur les pays d’Occident s’explique en partie par le fait que temps, la gestion du temps ait été longtemps laissée aux religieux, par le rythme de la prière, notamment. De la laïcisation du temps, ôté aux religieux, sont nés un certain nombre de choses, comme l’organisation scientifique du travail et la gestion capitaliste du temps, des choses pas très agréables, certes, mais peu importe : le temps des hommes n’appartient plus à la religion, et c’est ça l’essentiel. Le temps des hommes leur appartient. À eux de gérer comme ils veulent, à la chaîne de production ou dans les promenades en forêt. Voilà la grande victoire de la laïcité.

Hélas, périodiquement la question de la religion est remise sur le tapis (« le prêtre meilleur que l’instituteur pour dire le bien et le mal », celle-là, on l’a en travers de la gorge ! ; la Turquie qui ne peut entrer dans l’Europe parce que l’Europe, c’est l’héritage chrétien…) afin d’instiller du venin à petites doses, sauf qu’on dépasse toujours les doses prescrites et qu’on suscite de mauvaises passions. Il faudrait d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi la question religieuse excite l’abruti comme le pastis le voyeur de corridas et le film porno le refoulé. Pourquoi ? Parce que la religion marque les hommes au fer rouge. Yazid Sebag se sent estampillé français « musulman » (deuxième choix et deuxième religion), et il marque les autres Français « chrétiens » (veaux premier choix, première religion).
On a déjà oublié Srebrenica ? On a oublié que la France de la Renaissance – la Renaissance ! l’aube de la modernité, camarades ! – s’est construite sur une tuerie religieuse ?
Que la mesure la plus bête prise par un pouvoir français fut l’expulsion de l’élite protestante par la révocation de l’édit de Nantes ? Il faut refuser absolument cette phrase : « Je suis un Français musulman » ! Personnellement, je ne suis pas un Français chrétien, même si l’on m’a baptisé quand j’avais quelques mois d’existence et si j’ai toujours eu un immense plaisir à lire la Bible. Quand donnera-t-on la parole aux athées dans le « débat » sur l’identité nationale ?
À Yasuf, village palestinien, des Juifs religieux extrémistes ont fait payer à des Palestiniens le gel partiel des colonies de Cisjordanie en brûlant des tapis de prière. On imagine les poils hérissés et roussis des musulmans ! Serait intéressante la réponse des Palestiniens athées. Et la critique des Israéliens athées à propos de ces actions.
Einstein ne se définissait pas comme juif, mais comme apatride. Apatride… Citoyen du monde. Freud comme athée et amoureux de l’Italie. Ça devrait faire réfléchir les religieux de l’identité nationale. »