Les élections municipales, c’est déjà du passé.
Plus Verts que jamais, nous reprenons notre chemin dans un état d’esprit Vertement positif. Bien évidemment, être constructif n’exclut pas la lucidité et la vigilance, voire la mobilisation et la résistance.
Les enjeux locaux sont imbriqués dans des
problématiques plus vastes.
Nous faisons nôtre la maxime écologiste : «penser globalement, agir
localement ».
Comme ces dernières années, pour construire
à long terme et
répondre à l’urgence, vous pouvez compter sur nous.
Pour l’équipe de « Bagnolet en Vert »
Pierre MATHON
A Bagnolet, c’est l’artiste bagnoletais PSYCKOZE qui est à la
manœuvre avec les artistes américains David Mc Shane, Paul Santoleri et Emile Ledieu.
Notre photo : le pignon de l’immeuble HLM de la rue Fernand Léger avec la fresque (pas encore terminée) et les échafaudages.
Voici l’article de Libération.
Pierre Mathon
Trois élus de la banlieue parisienne se sont rendus à Philadelphie, berceau du Programme d’art mural qui associe habitants et artistes qu’ils tentent de reproduire.
Par STÉPHANIE BINET
Entre Bondy et Philadelphie, il n’y a pas que six heures de décalage horaire. «Ah les Américains ! Ils ne comprennent pas qu’on ne fonctionne pas comme eux», râle Sabrina Métayer, adjointe au maire de la commune de Seine-Saint-Denis, en raccrochant avec l’ambassade des Etats-Unis. De part et d’autre de l’Atlantique, les deux villes se sont pourtant engagées dans une coopération d’un nouveau genre : inviter un artiste américain à réaliser une fresque murale avec des habitants de cette banlieue française. Depuis une semaine, jeunes et vieux Bondynois aident Paul Santoleri à peindre une gigantesque toile de parachute qui ornera bientôt le mur de l’école maternelle Père Saint-Blaise. Avec Bagnolet, dans le même département, et Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), Bondy est l’une des trois communes retenues pour s’initier au Mural Arts Program (MAP), né il y a vingt-cinq ans à Philadelphie pour lutter contre le graffiti en enseignant l’art mural aux habitants des quartiers.
C’est au lendemain des émeutes de Villiers-le-Bel, en novembre 2007, que l’ambassade américaine a proposé de l’importer dans les banlieues françaises : «Au départ, raconte Ruddy Robeiri, conseiller municipal délégué à la Culture de la ville, l’ambassade nous a offert de reconstruire la bibliothèque, détruite pendant les émeutes. Mais ils sont arrivés un peu tard, le conseil général de Seine-Saint-Denis, et le conseil régional d’Ile-de-France s’étaient déjà engagés. Ils nous ont proposé ensuite ce programme.» A Villiers-le-Bel, 40 % de la population a moins de 25 ans et l’idée du MAP est d’associer toutes les générations le temps d’une fresque : «Ce qui nous préoccupe, ici, confirme Ruddy Robeiri, c’est de créer des passerelles entre le monde des adultes et celui des jeunes. Mais bon, à Villiers, on n’a pas attendu les Américains pour faire des fresques. On a déjà une très belle mosaïque, place Camille-Claudel.»
Programme chargé
CulturesFrance, l’organisme public chargé des échanges culturels internationaux, a donc choisi de faire participer trois villes de banlieue, et d’envoyer sur la Côte Est un graffiti-artiste français. Psyckoze, résident à Bagnolet, brossera sa fresque à Philadelphie à l’été 2010 : «En banlieue, commente-t-il, avec les années Bush, le rêve américain a pris une sacrée claque. On sent une urgence de l’ambassade américaine à vouloir réhabiliter son image, et chez nous une méfiance de voir arriver l’empire américain avec ses solutions toutes faites.» En mai, les trois adjoints au maire chargés de la culture à Bondy, Bagnolet et Villiers-le-Bel s’envolaient donc pour Philadelphie, à la découverte du savoir-faire américain. Dans la mégapole au sud de New York, le programme est bien rodé, avec 3 000 fresques réalisées en vingt ans. Mais sa transplantation en France va demander quelques ajustements.
Pour Ruddy Robeiri, 29 ans et Sabrina Metayer, 33 ans, c’est le premier vrai voyage aux Etats-Unis, pas pour Christine Lacour, adjointe de Bagnolet. Pendant trois jours, leurs hôtes leur ont concocté un programme chargé : visite des fresques avec les artistes, rencontre avec les officiels de la ville et les représentants du MAP, discussion avec les «community leaders» de chaque secteur de la ville. Après un premier tour au centre-ville, les élus sont impressionnés par la taille des fresques, plus de huit étages pour certaines, sur des façades entières d’hôpitaux ou de lycée ; par la diversité des thèmes, un mur pour un syndicat du bâtiment, un autre pour l’association germano-américaine, une fresque dédiée à la communauté homosexuelle.
Les murs sont financés à 60 % par des fonds privés, à 40 % par la ville. «A Bagnolet, explique Christine Lacour, la ville prend en charge les 50 000 euros de frais techniques pour la réalisation de la fresque sur un mur de 15 mètres de haut. Les services culturels de l’ambassade américaine paient le salaire des artistes et tous les frais liés à leurs voyages en France.» A l’inauguration d’une fresque réalisée par Paul Santoleri avec des écoliers de la Meredith School, ce sont les infrastructures scolaires qui en mettent plein la vue aux Français. L’école primaire possède sa salle des fêtes, où chaque élève reçoit un diplôme pour sa participation à l’œuvre collective.
«Energies créatives»
Ruddy Robeiri, de Villiers-le-Bel, n’en revient pas : «Si nos écoles avaient des salles de spectacle comme celle-là, ça résoudrait bien des problèmes. En juin, avec les kermesses de fin d’année, les mariages, les fêtes des associations, on ne s’en sort plus.» Christine Lacour, de Bagnolet, photographie le diplôme : «J’ai l’impression que l’enfant est au cœur du systeme scolaire, ici. Je sens une sincérité dans la volonté de valoriser le travail des uns et des autres. Chez nous, on donne une image très négative de notre jeunesse. Quand on parle des gamins, c’est toujours pour les stigmatiser ou les traiter de petites racailles. Aux Etats-Unis, je n’entends pas ce genre de phrases.»
Ce n’est peut-être plus le cas, admet l’adjoint au maire du 1er district. Mais Franck DiCicco se rappelle qu’au début, pour lutter contre l’invasion des tags, la ville a d’abord sorti le bâton : un décret interdisant la vente des bombes aérosol aux moins de 18 ans. En 1984, le maire démocrate, Wilson Goode, décide d’essayer autre chose que la répression. Pour inciter les taggeurs à «diriger leurs énergies destructrices vers des énergies créatives», il engage la peintre Jane Golden qui s’est fait connaître à Los Angeles.
Très peu soutenu au départ, le MAP finit par convaincre : les habitants des quartiers sont impliqués dans la réalisation des fresques, les juges envoient des mineurs délinquants prendre des cours, et les publics se mélangent (scolaires, 3e âge et même détenus). Dans l’ancienne maison du peintre Thomas Eakins où siège le MAP, Jane Golden et ses collègues sont assis en cercle, genre réunion Tupperware. A l’écoute du discours qu’on leur sert, les trois élus français sont sceptiques. «On dirait qu’on essaie de nous vendre un produit, s’amuse Sabrina Métayer. Le volet réinsertion ne m’intéresse pas tant que ça. En France, on a déjà des organismes qui s’en occupent.»«Nous, nous ne sommes pas dans une lutte antigraffiti, renchérit Ruddy Robeiri. A Villiers, le graffiti est utilisé par nos services jeunesse.» Bagnolet a même son festival international tous les ans, Kosmopolite : «Leur plan antigraffiti, résume Christine Lacour, je ne sais pas si c’est le moteur de tout ça. Ce qui nous intéresse, c’est la participation des habitants et la prise en main de leur quartier.»
Plus que les prêches de Jane Golden sur «l’art qui sauve des vies», ce sont les fresques dans les quartiers nord de Philadelphie qui finissent de convaincre les élus. A Belmont, quartier noir, sur la façade d’une maison, le portrait d’une grand-mère repiquant un édredon fait face à la fresque de trois enfants qui portent l’autre bout de la couverture. Entre les deux œuvres, un espace vert. «On a profité de la préparation des murs, raconte Caryn Edmonds, travailleuse sociale, pour retaper les deux maisons qui étaient en piteux état et nettoyer le terrain vague.» Dans le quartier portoricain, la peintre colombienne Ana Uribe a peint un hommage aux habitants du quartier. Manni Riviera, dont le jardin donne sur un mur peint, explique en montrant une dame grisonnante : «Là, c’est la première femme portoricaine venue à Philadelphie travailler dans une usine de textile.» Le volet mémoire, c’est le souci premier de Sabrina Métayer : «A Bondy, l’emplacement choisi est dans un quartier en pleine rénovation où une barre d’immeubles va être détruite. Il était important que ce mur serve à se rappeler le quartier dans sa diversité, dans son histoire.» A Philadelphie, Ruddy Robeiri est moins convaincu par les messages sur les fresques : «Le côté moralisateur, du genre : "Réalisez vos rêves. Quand on veut, on peut. Croyons en la paix !",ça ne passera pas chez nous. Il y a parfois une connotation religieuse, un côté prosélyte qui ne correspond pas à la France.»
La gardienne comme leader
La rencontre avec les community leaders, sorte de référent officieux de chaque quartier, noir, latino, irlandais, va être déterminante. Les Français demandent conseil : quels sont les écueils à éviter ? Comment faire participer la population ? Christine Lacour décrit sa difficulté à faire déplacer les habitants aux réunions de la mairie. En chœur, Sister Aisamah Muhammad, Ruth Berchett lui répondent qu’il faut s’appuyer sur ce fameux «chef de la communauté, celui qu’on va voir quand il y a un conflit, celui qui prend part à toutes les activités…Ce n’est pas un rôle officiel, c’est la personne que tout le monde connaît dans le quartier.» Interloqués, les élus répondent que ça n’existe pas en France, à des Américains incrédules : «Mais si forcément. Comment vous allez-vous faire sans eux ?»
De retour en France, les trois élus aidés par leurs services respectifs et les populations des quartiers ont pourtant réussi. Sabrina Métayer en a conclu que les Bondynois n’étaient pas si segmentés qu’aux Etats-Unis : «Chez nous, il n’y pas de quartier totalement noir ou beur, la distinction est plus sociale ou géographique. Bondy est coupé par une nationale. Avec cette fresque, on a enfin réussi à rassembler des habitants des deux parties de la ville.»Bagnolet a finalement trouvé son community leader, en la personne de Laurette Dugenetay, la gardienne de l’immeuble du quartier des Malassis où figurera la fresque. C’est elle qui a fait du porte à porte auprès de ses 98 locataires pour leur demander ce qu’ils avaient envie de voir sur leur mur. Réponse unanime : un hommage au sport et aux médaillés de lutte gréco-romaine aux JO de Pékin, les frères Guénot, qui habitent l’immeuble. Les habitants des alentours ont donné leur avis sur le croquis, et apporté leur coup de pinceau mais pas encore assez au goût de Psyckoze : «Les gens ont encore peur du regard de l’autre, de se mettre en avant dans les réunions. Il aurait fallu plus de temps mais les Américains ont la culture du résultat : on a à peine planté un arbre qu’ils voudraient déjà récolter les fruits.» »
AGENDA
Prochaines permanences du Réseau Education Sans frontières de Bagnolet :
Merci de ces précisions et surtout bravo.
Avec de telles initiatives (et on ne dira jamais assez sur ce blog qu’il faut maintenir l’activité culturelle et la création à un haut niveau) « Bagnolet avance » (et je le dis ici sans l’ironie qui accompagnait le rebouchage d’un trou après de longs mois rue Danton.
Nous publierons naturellement une photo de l’œuvre collective (fruit de la "co-élaboration" entre artistes et citoyens) lorsqu’elle sera terminée, sitôt les échafaudages retirés.
Pierre Mathon